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Foot brésilien: derrière les pépites, les pépins

17/04/2014 05:43 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

"Avec les joueurs qui sont produits ici, le Brésil devrait avoir le meilleur championnat du monde": le Néerlandais Clarence Seedorf, ex-joueur de Botafogo, résumait bien le paradoxe du foot brésilien, avec une mine de talents minée par des plaies multiples.

Le "pays du futebol", organisateur du Mondial-2014 (12 juin au 13 juillet), étale en vitrine la suprématie planétaire de sa "Seleçao", cinq fois championne du monde, et la domination continentale de ses clubs (6 victoires sur les 10 dernières Copas Libertadores).

Violence, racisme, clubs mal gérés, public en déclin, exode des talents: il souffre pourtant de plaies chroniques. Panorama à la veille de l'ouverture vendredi du Championnat national, le "Brasileirao":

. Racisme et violence

Des cas de racisme au stade éclatent presque toutes les semaines au pays chantre du métissage. La présidente Dilma Rousseff a reçu à la mi-mars deux victimes de racisme et des sanctions sont tombées peu après, très disparates.

Le club Esportivo de Veranopolis a été sanctionné d'un retrait de 9 points, ce qui l'a fait chuter en 2e division du Championnat Gaucho (sud), après qu'un arbitre a retrouvé des bananes sur sa voiture endommagée. Le club de Mogi Mirim, dirigé par le Ballon d'Or 1999 Rivaldo, a écopé en appel d'une amende de 8.100 euros après des insultes racistes de supporteurs contre un joueur de Santos. Le ministre des Sports, Aldo Rebelo, a proposé d'"interdire de stade" les auteurs d'actes racistes.

Il y a aussi les violences physiques, comme la bagarre spectaculaire entre hooligans dans le stade de Joinville fin 2013, juste après le tirage au sort du Mondial-2014, ou l'invasion du centre d'entraînement de Corinthians le 1er février par une centaine de supporteurs. L'avant-centre de la Seleçao et de Fluminense, Fred, a été physiquement menacé par des supporteurs mécontents.

. Finances

Ces dernières années, la dette des clubs a explosé. Un député a présenté un projet de loi (Proforte) visant à stopper l'hémorragie. Les 25 plus grands clubs cumulent un endettement de 1,5 milliard d'euros, pour des recettes de 0,9 milliard seulement.

Le Brésil, 8e mondial en terme de recettes des clubs, ne possède que la 11e valeur marchande en effectifs de joueurs, souvent détenus par des copropriétés opaques.

Les plus grands clubs ne sont pas épargnés par de vulgaires problèmes de trésorerie: les joueurs de Botafogo et Vasco de Gama, deux des formations historiques de Rio, ont subi des retards de salaires ces derniers mois.

Le Bom Senso FC (BFC, FC bon sens), un collectif de joueurs qui réclame des réformes, a proposé un système de fair-play financier inspiré du modèle européen. La Confédération (CBF) rechigne. Les députés s'en sont saisis...

. Calendrier

Entre Championnats d'Etat (de mi-janvier à mi-avril), Championnat national (de mi-avril à début décembre), Coupe du Brésil et coupes continentales, le calendrier est démentiel pour une poignée de clubs, les plus grands. Si bien que certains matchs se disputent pendant les dates Fifa, privant ces clubs de leurs internationaux.

Mais sur 684 clubs professionnels, 583 n'ont pas de calendrier annuel et ne disputent que 19 rencontres ; 82% des joueurs se retrouvent au chômage pendant au moins six mois. Le BFC l'a rappelé lors des finales des Championnats d'Etat dimanche, en déployant la banderole: "Finale de championnat: 1 champion, 500 clubs sans activité et 12.000 chômeurs".

En octobre, la CBF a acté une réforme a minima pour 2015, avec l'introduction d'une pré-saison d'un mois, la garantie de 30 jours de vacances pour les joueurs et d'une limitation du nombre de matchs par mois et par an.

. Affluences

Bien sûr, la passion demeure. Mais le Brésil (200 millions d'habitants) n'occupe que le 18e rang mondial en termes d'affluence, derrière des nations comme les Etats-Unis ou l'Australie... La moyenne est de 13.000 spectateurs pour les matchs du Championnat brésilien et seulement 2.500 pour les championnats par Etats.

Le clasico Fla-Flu du 8 février n'a attiré que 18.000 spectateurs. Le stade Maracana, qui peut en contenir jusqu'à 74.000, sonnait creux. Il faut dire que le billet le moins cher (hors réductions) coûtait 100 réais (32 euros)... Les stades se vident, alors que les audiences télévisées des matchs en pay-per-view augmentent.

. Exode

Le Brésil ne parvient pas à retenir ses jeunes talents, à l'image de Neymar, qui a rejoint le FC Barcelone en provenance de Santos, où Pelé avait connu toutes ses années de gloire. Selon les derniers chiffres du Centre International d'Etude du Sport (CIES), le Brésil était de loin en 2012 le plus gros exportateur mondial de professionnels, avec 515 joueurs en Europe, devant la France (269 joueurs) et la Serbie (205). Le Brésil fait aussi figure de maison de pré-retraite pour ex-stars brésiliennes ou d'ailleurs, comme Ronaldo, Ronaldinho, ou Seedorf...

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