NOUVELLES

Procès de Jocelyn Dupuis : la défense explique la fausse facturation

16/04/2014 12:06 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

La défense de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, a débuté mercredi matin au palais de justice de Montréal. La poursuite soutient que M. Dupuis a fraudé la FTQ-Construction de dizaines de milliers de dollars en se faisant rembourser des factures de restaurant fictives ou gonflées.

Alain Pigeon, secrétaire de la FTQ-Construction en 2007-2008, a affirmé que l'exécutif avait « une confiance aveugle » en Jocelyn Dupuis, et a expliqué comment fonctionnaient les budgets de dépenses de l'accusé. Aujourd'hui propriétaire d'une entreprise de gestion immobilière, M. Pigeon a affirmé que M. Dupuis l'a aidé à plusieurs reprises pour financer des rencontres avec des employeurs dans des restaurants. Jocelyn Dupuis lui donnait de l'argent comptant pour rembourser ses frais. Ces rencontres servaient à faire passer le message aux employeurs, pour qu'ils favorisent les membres de la FTQ sur leurs chantiers. L'argent « allait au bien-être des travailleurs de la FTQ-Construction », a affirmé M. Pigeon.

Jocelyn Dupuis payait aussi en liquide les frais des militants qui venaient donner des coups de main sur les lignes de piquetage. Les dépenses de l'ancien directeur général étaient connues de tous les dirigeants, et n'étaient jamais contestées. Alain Pigeon en parle comme étant la structure mise en place à la centrale syndicale.

M. Pigeon a par ailleurs raconté qu'à l'automne 2008, Jocelyn Dupuis avait refusé une offre d'un million de dollars du président de la centrale, Jean Lavallée, pour quitter ses fonctions alors que son poste était contesté. Il préférait alors rester en poste jusqu'au congrès du printemps.

Le témoin a parlé d'une division au sein de la FTQ-Construction et de gens qui devaient partir, mais qui se sont accrochés. Selon lui, ce sont eux qui ont sorti des factures pour les étaler en public. L'avocat de la défense a terminé son interrogatoire en demandant au témoin : « qui a porté plainte contre Jocelyn Dupuis ? ». Alain Pigeon a répondu qu'il ne s'agit pas de la FTQ-Construction.

Jocelyn Dupuis a plaidé non coupable aux accusations de fraude et de fabrication de faux documents qui pèsent contre lui. Mardi, au premier jour du procès, ce sont ses coûteux déplacements et ses somptueuses sorties aux restaurants qui ont attiré l'attention.

Le procès doit durer trois jours et il est présidé par le juge Denis Lavergne. Il n'y a pas de jury.

En 2009, l'équipe de l'émission Enquête, de Radio-Canada, avait mis au jour cette histoire présumée de fraude et de fabrication de faux documents. Les factures qui sont au coeur de cette affaire avaient été dérobées, à la FTQ Construction, par le syndicaliste Ken Peirera, qui les avait dévoilées.

Si le procès de Jocelyn Dupuis ne s'ouvre que cette année, c'est qu'il a été affligé de nombreux retards, notamment en raison de la grève des procureurs, en 2011, et du retrait de l'un des avocats.

Les factures douteuses de M. Dupuis ont permis à la commission Charbonneau d'établir des liens entre lui et plusieurs membres de la mafia montréalaise. Le nom des invités de M. Dupuis figurait au dos de factures des restaurants qu'il fréquentait.

Il est à noter que Jocelyn Dupuis devra subir un autre procès, cette fois pour incitation à commettre une infraction. Pour des raisons techniques, ce chef d'accusation n'a pas été inclus dans le présent procès. On s'attend à ce que cette deuxième affaire se déroule en cour cet automne.

PLUS:rc