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Le Tchad annonce avoir achevé son retrait militaire de Centrafrique

16/04/2014 10:51 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

Le Tchad a annoncé mercredi avoir achevé le retrait de Centrafrique de l'ensemble de son contingent au sein de la force africaine (Misca), en dépit des appels du pied de son allié français à revenir sur cette décision.

Le retrait de 850 soldats de N'Djamena, qui formaient l'un des principaux contingent de la Misca (6.000 hommes au total) avait été décidé le 3 avril par le président Idriss Déby Itno après que l'ONU eut accusé les soldats tchadiens d'avoir tiré sur des civils à Bangui, faisant au moins 24 morts. N'Djamena avait dénoncé une "campagne malveillante".

"Le dernier soldat a traversé la frontière le 13 avril à 20 heures" (19H00 GMT), a déclaré lors d'une cérémonie à Sarh (sud, à 100 km au nord de la frontière tchado-centrafricaine) le chef du contingent tchadien auprès de la Misca, le colonel Souleyman Adam, en présence du Premier ministre Pahimi Deubet Kalzeubé qui s'est félicité d'un retrait "ordonné et discipliné", a constaté un correspondant de l'AFP.

Au total, 833 soldats ont traversé la frontière avec armes et bagages, à l'issue d'un engagement dans la Misca qui a coûté la vie à 15 des leurs, selon le gouvernement de N'Djamena.

Fustigeant "ceux qui s'emploient obstinément à vouloir ternir l'image de nos vaillantes forces de défense et de sécurité", le Premier ministre a notamment demandé aux forces française Sangaris et à la Misca "d'assurer la sécurité de ceux de nos compatriotes encore restés en Centrafrique".

"Je voudrais préciser cependant que ce retrait ne saurait constituer en aucun cas une aubaine pour tous ceux qui veulent assouvir leur soif insatiable du sang tchadien", a-t-il prévenu.

Souvent associée à la coalition rebelle Séléka, majoritairement composée de musulmans et de mercenaires étrangers, et qui avait pris le pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014, l'armée tchadienne avait mauvaise réputation auprès de la communauté chrétienne de Centrafrique.

La communauté musulmane, en revanche, tenait particulièrement à la présence de ce contingent pour la protéger des exactions des milices majoritairement chrétiennes "anti balaka" qui n'hésitent pas à s'attaquer aux civils musulmans - notamment tchadiens -, qu'ils accusent de connivence avec les combattants Séléka.

- "ce sont de bons combattants" -

Mardi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a dit espérer que ce retrait du contingent tchadien "n'est pas une option définitive".

"J'espère que ce n'est pas une option définitive parce que ce sont de bons combattants et en plus, il y a une question géographique parce que le Tchad et la RCA (République centrafricaine) sont limitrophes et il y a d'autres pays à côté, le Soudan etc. Et il faut quand même que la protection soit assurée", a déclaré M. Fabius devant la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française.

Le Tchad, qui joue un rôle politique et militaire majeur en Centrafrique depuis des années, est en effet un allié de poids de Paris en Afrique.

Le président Déby avait envoyé début 2013 ses troupes en première ligne aux côtés des Français lors de l'intervention contre les groupes islamistes armés au Mali et l'armée française dispose d'une base à N'Djamena.

En outre le départ du contingent tchadien affaiblit le dispositif en Centrafrique des forces française et africaine qui tentent de pacifier le pays.

L'opération Sangaris et la Misca doivent certes recevoir prochainement le soutien d'une force européenne, l'Eufor-RCA, mais ses effectifs - 800 hommes - combleront à peine le vide laissé par les Tchadiens, soldats aguerris connaissant bien le terrain centrafricain.

Depuis un an, l'ancienne colonie française, pays parmi les plus pauvres de la planète, habitué aux coups d'Etat à répétition et aux rébellions, traverse une crise sans précédent qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Le 10 avril, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé le déploiement en septembre d'environ 12.000 Casques bleus en Centrafrique, qui prendront le relais de la Misca, de la force euopéenne et de l'opération Sangaris.

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