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L'Ukraine bouleverse la campagne des élections européennes en Pologne

15/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

La crise ukrainienne a bouleversé la campagne pour les européennes en Pologne, renforçant les chances du parti de centre droit PO du Premier ministre Donald Tusk, très actif à l'international et rassurant les Polonais face aux velléités russes.

"Les questions de l'Ukraine et de la sécurité de la Pologne sont devenues primordiales lors de cette campagne aux européennes, renvoyant au second plan les questions de politique intérieure", explique à l'AFP Eryk Mistewicz, spécialiste en marketing politique.

L'émigration, le chômage, la réforme des retraites et des services médicaux, les problèmes de l'éducation ou encore l'utilisation des fonds européens passent dans cette campagne bien derrière les discussions avec les alliés de l'Otan et les critiques à l'égard de la Russie, précise-t-il.

Apparaissant à la télévision sur fond d'un chasseur F-16, face à une rangée de soldats américains et polonais sur la base aérienne de Lask (ouest), Donald Tusk tient des propos rassurants.

"Nous allons discuter sans relâche avec nos alliés dans l'Otan du renforcement de la présence de l'Alliance en Pologne", répète-t-il d'un ton ferme.

De telles images sont devenues quasi quotidiennes. Depuis le début de la crise ukrainienne, le chef du gouvernement, son ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski et le président Bronislaw Komorowski, proche de la Plateforme civique (PO) au pouvoir, ne ratent aucune occasion pour jouer la corde très sensible de la sécurité du pays.

M. Sikorski a ouvertement souhaité, en marge d'une rencontre avec ses homologues allemand et français au début du mois, le stationnement permanent en Pologne de deux brigades de l'Otan, à titre dissuasif.

Car, 25 ans après la chute du communisme, les Polonais ne sont pas prêts d'oublier le demi-siècle de présence de l'Armée rouge sur leur territoire.

Rien d'étonnant que, depuis le début de la crise russo-ukrainienne, ils suivent avec angoisse la situation à l'est de la frontière, tout en se félicitant d'être aujourd'hui membres de l'Otan et de l'UE.

- 'Véritable enjeu' -

"Tusk met en avant la question de la sécurité de la Pologne, bien ancrée au sein d'une Europe forte et unie", confirme à l'AFP le politologue Edmund Wnuk-Lipinski.

Pour les Polonais, "le véritable enjeu de ces élections européennes, c'est la sécurité de la Pologne" martèle le Premier ministre dans un clip électoral télévisé qui le montre entouré de dirigeants européens. "Les Polonais ont besoin d'un Etat qui leur garantisse la sécurité", insiste-t-il.

Donnée il y a encore deux mois comme le grand perdant des européennes, en perte de vitesse après sept ans au pouvoir, la Plateforme civique voit sa cote grimper d'une semaine à l'autre.

Elle dépasse désormais dans presque tous les sondages son principal rival, le parti conservateur Droit et Justice (PiS, opposition) de Jaroslaw Kaczynski, avec un soutien d'entre 26% et 33%, contre 25% à 29% pour PiS.

M. Tusk n'hésite parfois pas à dramatiser dans son discours, en remuant les pires souvenirs: "il dépendra peut-être de ces élections européennes si les enfants en Pologne iront le 1er septembre à l'école". Certains y ont vu une allusion au 1er septembre 1939, jour de l'attaque de l'Allemagne nazie contre la Pologne.

"Il est important de se le rappeler: pour qu'en Europe, dans cette partie du monde, les enfants puissent aller à l'école, il faut qu'il n'y ait pas de guerre. La Pologne est en sécurité, mais cette sécurité n'est pas donnée une fois pour toutes", a-t-il dit.

Les électeurs semblent apprécier la fermeté de leur Premier ministre libéral, qui ôte ainsi les armes à ses rivaux conservateurs.

"PiS ne peut pas concurrencer les libéraux sur ce terrain sécuritaire, car il ne dispose pas, en tant qu'opposition, de véritables outils et ne peut pas agir", explique M. Wnuk-Lipinski.

A six semaines des élections, la Plateforme civique est favorite de la course aux mandats européens et, "plus la situation en Ukraine sera compliquée et difficile, meilleur sera le résultat de PO", explique Eryk Mistewicz.

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