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«La passion d'Augustine» de Léa Pool : des sœurs rebelles (PHOTOS/VIDÉO)

15/04/2014 04:15 EDT | Actualisé 15/04/2014 08:43 EDT

Le petit couvent de Saint-Ours, au bord du Richelieu, a commencé hier à perdre de sa quiétude religieuse. Et pour cause, durant quelques jours, les couloirs étroits et un peu vieillots de la bâtisse jusqu’ici endormie accueillent techniciens, figurants et comédiens pour le tournage du nouveau film de Léa Pool, La passion d’Augustine. Le Huffington Post Québec était invité sur lieux.

On est pile en 1968 et La passion d’Augustine revient sur cette période charnière où la séparation entre la religion et l’État est définitivement consommée. Une caméra d’époque pointe son vieil objectif sur une communauté de religieuses prêtes à livrer un discours de circonstance. Discrète, mais proche, la caméra moderne de la réalisatrice capte ce moment.

«Les gens qui me connaissent se sont demandé pourquoi je m’aventurais dans un film sur des religieuses, déclare Léa Pool en riant. En fait, il existe plusieurs raisons qui m’ont poussé à réaliser ce long métrage. D’abord, l’opportunité de travailler avec une gang de femmes. Aujourd’hui, il existe peu de productions qui le permettent. Ensuite, l’aspect musical. Dans ma filmographique la musique a toujours joué un rôle important. Et enfin, l’originalité de l’histoire qui est tout de suite venue me chercher.»

la passion augustine

Situé dans un Québec en plein chambardement sociologique, le film, dont le scénario est signé Marie Vien, s’attarde en effet sur une école musicale de haut niveau dirigée par mère Augustine (Céline Bonnier) qui refuse de fermer les portes. Justement, la séquence que la réalisatrice est sur le point de tourner met en scène les religieuses entourées de leurs jeunes élèves et regroupées dans l’église. Elles en appellent aux médias afin de sauver l’institution.

«Il y a dix ou quinze ans, un film comme celui-ci n’aurait jamais pu se faire. On était en réaction contre tout ce qui était religieux. Aujourd’hui, je pense qu’on a assez de recul pour voir ce que ces femmes ont apporté à la société québécoise», ajoute la cinéaste.

Néanmoins, rien ne peut arrêter le rouleau compresseur d’une certaine modernité qui finira par éloigner l’influence religieuse dans les affaires publiques. Dans le film, une figure représente ces changements. Elle se prénomme Alice (Lysandre Ménard), a 16 ans et est surdouée au piano.

«Lorsqu’elle fait son apparition, les sœurs découvrent une adolescente hippie habillée en poncho. Elle va amener un vent de fraîcheur dans ce couvent. En même temps, il se trouve qu’elle est la nièce de mère Augustine ce qui va provoquer une suite d’événements inattendus», raconte-t-elle.

Pour Léa Pool, toutes ses femmes en voile sont des battantes, car elles font face aux changements avec dignité, sans perdre de vue les valeurs qu’elles défendent. «Il y a peu de religiosité dans le long métrage, précise-t-elle. On voit peu de prières. J’ai privilégié la spiritualité de la musique. Elles sont des rebelles à leur manière. Même si le personnage de Lise (Diane Lavallée) s’inscrit davantage dans le moule, les autres sont plutôt rock’n’roll. Elles sont capables de s’investir. Elles font des pétitions et tiennent parfois un langage que leurs supérieures n’apprécieraient guère. Bref, elles ne se gênent pas».

la passion augustine

La réalisatrice d’origine suisse avoue ne pas trop connaître en détail l'histoire de la religion catholique au Québec. Pour les besoins du film, elle s’est d’ailleurs entourée d’un conseiller religieux. Il reste que cette expérience a été l’opportunité pour la cinéaste de plonger dans une époque complexe où tout n’est pas noir et blanc.

«J’ai découvert ce que les religieuses ont apporté à la société québécoise. Il ne faut pas oublier qu’elles ont fondé les premières écoles et les premiers hôpitaux sur le territoire. Elles ont accompli des choses remarquables. Elles symbolisent notre patrimoine national qu’on ne devrait pas balayer d’un revers de la main», dit-elle.

Le tournage de La passion d’Augustine se poursuit jusqu’en mai. La sortie en salles du film est prévue pour l’année 2015.

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