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Kiev à l'offensive à l'Est face aux insurgés

15/04/2014 12:40 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

L'Ukraine a lancé mardi ses forces, armée et Garde nationale, dans l'Est contre les insurgés pro-russes qui seront "liquidés" s'ils ne déposent pas les armes, selon le commandant de l'opération.

Une colonne de blindés et d'hommes des forces spéciales se trouvait à une quarantaine de kilomètres au nord de Slaviansk, ville symbole de la récente offensive séparatiste, tenue par des hommes en armes sans signes distinctifs. Et des renforts ont été héliportés sur un aérodrome à 15 km au sud de la cette localité, prise en étau, d'après des témoins interrogés sur place.

L'offensive devrait encore attiser les tensions avec le puissant voisin russe, qui a massé selon l'Otan jusqu'à 40.000 hommes à la frontière entre les deux pays et averti à plusieurs reprises les autorités pro-européennes de Kiev de ne pas intervenir contre les insurgés.

"L'Ukraine se trouve au bord de la guerre civile, c'est effrayant", a à cet égard estimé mardi le Premier ministre russe Dmitri Medvedev.

Sur le front diplomatique, la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide était plus que jamais dans l'impasse, les présidents américain Barack Obama et russe Vladimir Poutine s'en étant chacun renvoyé la responsabilité au cours d'un échange téléphonique tendu.

Au troisième jour de "l'opération antiterroriste de grande envergure" annoncée par Kiev, une colonne de blindés de l'armée ukrainienne se trouvait près d'Izioum, à 40 km au nord de Slaviansk, contrôlée depuis samedi par des hommes puissamment armés et organisés, mais ne portant pas d'insignes sur leurs uniformes.

Cette ville de 120.000 habitants est devenue le symbole de la dernière série d'insurrections pro-russes qui menace plus que jamais l'Ukraine et ses 46 millions d'habitants d'éclatement entre l'Est russophone et le centre et l'ouest tournés vers l'Europe.

Les séparatistes qui ne déposeront pas les armes seront "liquidés", a déclaré à des journalistes au nord de Slaviansk le général Vassyl Kroutov, numéro deux des services de sécurité ukrainiens (SBU), qui commande "l'opération antiterroriste".

- "Ennemi difficile" -

Le général Kroutov a affirmé que ces hommes non identifiés faisaient partie des "troupes spéciales du GRU (renseignement militaire russe, NDLR) qui ont une grande expérience des conflits". C'est "un ennemi difficile", a-t-il dit, assurant que 300 d'entre eux étaient encore arrivés lundi, la plupart à Slaviansk.

Une dizaine de chars et autant d'autres blindés, ainsi que sept cars transportant des "spetsnaz", membres des forces spéciales, étaient garés près d'Izioum. Les soldats ont installé un poste de contrôle sur la route, stoppant tous les véhicules circulant dans les deux sens.

"On est là parce qu'on ne peut pas abandonner le territoire. Tout ce qu'on va faire, c'est protéger l'indépendance de notre pays et la paix", a déclaré un officier qui a refusé de dire son nom.

Interrogé sur le fait de savoir si les militaires allaient intervenir directement, il a assuré que cette tâche était "du ressort des forces (du ministère) de l'Intérieur. Nous, on est là pour les aider".

Kiev avait annoncé mardi matin qu'un premier bataillon de la Garde nationale avait été envoyé "au front".

Ce bataillon est formé de volontaires ayant fait partie des unités d'autodéfense du Maïdan, haut lieu du mouvement de contestation dans le centre de Kiev qui a renversé en février le régime pro-russe du président Viktor Ianoukovitch.

Ce qui ne devrait pas manquer de hérisser Moscou, qui ne reconnaît pas le régime intérimaire pro-européen de Kiev et considère comme "fascistes" plusieurs des groupes du Maïdan.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait d'ailleurs prévenu mardi matin que tout ordre "criminel" de Kiev d'"envoyer les chars" ferait capoter les pourparlers prévus pour jeudi à Genève sur la crise.

- "Nombreuses demandes" d'aide -

Ces discussions entre Ukraine, Russie, Etats-Unis et Union européenne seraient les premières négociations internationales depuis le début de crise.

L'annonce lundi soir par le Kremlin selon laquelle Vladimir Poutine, qui s'est engagé depuis longtemps déjà à assurer "à tout prix" la sécurité des populations russophones de l'ex-URSS, recevait de "nombreuses demandes" d'aide des régions de l'Est ukrainien et suivait la situation avec "beaucoup d'inquiétude" avait déjà renforcé les craintes d'une intervention russe.

Kiev et les Occidentaux voient la main de Moscou derrière les récents soulèvements, qui rappellent selon de nombreux experts l'intervention des forces ayant pris le contrôle de la Crimée avant son rattachement à la Russie.

L'UE a d'ailleurs décidé d'étoffer ses sanctions ciblées contre des personnalités impliquées dans la crise, ce que Moscou a dénoncé comme "contreproductif", appelant les Européens à plutôt "se concentrer sur la recherche commune d'une solution".

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a, quant à lui, fustigé mardi les "projets brutaux" de la Russie qui "veut que s'embrasent tout l'est et le sud de l'Ukraine, de la région de Kharkiv à celle d'Odessa".

Et l'Otan a une nouvelle fois exhorté mardi la Russie à "faire baisser la pression" en faisant reculer ses troupes massées près de la frontière.

Barack Obama a demandé à son homologue russe lundi au téléphone d'"user de son influence" pour convaincre les insurgés de "déposer les armes".

M. Poutine a répliqué en qualifiant les accusations d'ingérence russe de "conjectures" reposant "sur des informations infondées".

Les pro-russes réclament un rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de l'Ukraine, pour donner de grands pouvoirs aux régions.

M. Tourtchinov a pour la première fois lundi évoqué la possibilité d'organiser un référendum sur les institutions ukrainiennes. Mais l'ambassadeur ukrainien auprès de l'ONU à Genève, Yurii Klymenko, a prévenu mardi que l'Ukraine ne comptait pas parler de fédéralisme jeudi.

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