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Des vidéos pour se mettre dans la peau de l'ours

15/04/2014 07:39 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

L'ours mange des larves, ronfle allongé sur le côté ou fait tomber des arbres: pour la première fois en Europe, les images du quotidien d'un ours brun en liberté filmées par l'animal lui-même font vivre sa vie intime.

Le projet est le fruit d'une collaboration entre le Muséum d'histoire naturelle de Toulouse (sud-ouest de la France), le réalisateur animalier Michel Tonelli et le Service des forêts slovènes: pendant un mois, en octobre 2013, une ourse sauvage de Slovénie âgée de quatre ou cinq ans a été équipée d'une caméra, qui a filmé et stocké cinq minutes de tournage par heure, 12 heures par jour.

Au total, grâce à cette caméra fixée sur un collier également équipé d'un GPS, 20 heures d'images de l'animal baptisée Tolosa, qui évoluait en liberté dans la réserve de Jelen (sud-est de la Slovénie) ont ainsi été engrangées.

L'expérience n'a pas révolutionné ce que savent les scientifiques du "répertoire comportemental des ours bruns d'Europe" mais ils ont pour la première fois le point de vue de l'ours, explique Henri Cap, zoologue au Muséum de Toulouse. Jusqu'à présent, les scientifiques ne disposaient que d'observations indirectes faites par l'homme et encore sont-elle plutôt rares en Europe, dit-il.

Grâce à ces images, "on rentre dans la boîte noire, dans l'umwelt, l'univers propre spécifique de l'espèce", poursuit l'éthologue. Par exemple, lorsque le plantigrade passe à côté d'une cabane où il a vécu manifestement une "mauvaise expérience", il "tourne la tête" et déguerpit immédiatement. "C'est troublant, c'est comme si on était un ours, on prend peur en voyant cette cabane humaine".

"On est toujours tenté depuis Descartes de mettre une barrière entre l'intelligence humaine et celle du reste des animaux", ajoute Henri Cap. "Là, on a pour la première fois une preuve irréfutable d'un raisonnement chez un non grand singe" alors "que tous les gens qui travaillent sur l'ours savent très bien que c'est un animal extrêmement intelligent", dit-il.

Tolosa est par exemple filmée en train de secouer un sorbier blanc pour en recueillir les fruits. "Il y a un vrai rapport de cause à effet", dit le scientifique. On la voit également déployer "une incroyable délicatesse" pour prélever des larves d'insectes. On voit aussi l'ourse faire tomber des arbres morts pour un motif qui reste encore mystérieux pour les scientifiques: par jeu ou pour faciliter leur colonisation future par des insectes?

Ces images, qui ont été analysées par des spécialistes, sont disponibles sur internet (http://www.museum.toulouse.fr/-/dans-les-yeux-de-l-ourse-via-une-camera-embarquee?redirect=/explorer). Une compilation "d'une journée type d'un ours" réalisée à partir des images les plus intéressantes, est également visible au Museum.

Le projet vise aussi à faire connaître le plantigrade, qui suscite en France une vive querelle. La population des ours, qui menaçait de totalement disparaître dans les années 1990, n'a été sauvée que grâce à des lâchers d'ours slovènes dans les Pyrénées.

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