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Bangladesh: inculpation pour meurtre requise contre le propriétaire du Rana Plaza

15/04/2014 07:20 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

La police du Bangladesh a annoncé mardi qu'elle allait demander l'inculpation pour meurtre du propriétaire de l'immeuble de neuf étages qui s'était effondré en avril 2013, tuant 1.135 employés du textile en banlieue de Dacca.

Sohel Rana est l'une des 40 personnes dont la police va demander l'inculpation dans cette affaire, le pire accident industriel enregistré dans le pays, a annoncé l'enquêteur principal Bijoy Krishna Kar à l'AFP.

"Nous prévoyons de demander contre Sohel Rana et d'autres accusés l'inculpation pour meurtre", a dit Kar, précisant que ce chef d'accusation était passible de la peine de mort. Les chefs d'inculpation doivent être entérinés par la justice.

Rana avait été arrêté quelques jours après la catastrophe du 24 avril près de la frontière avec l'Inde, dans l'ouest du pays, alors qu'il tentait de fuir.

Rana, membre de l'Awami League au pouvoir au Bangladesh, était devenu l'ennemi public numéro un après l'effondrement de l'immeuble de neuf étages. Les survivants avaient raconté qu'il avait forcé des milliers d'employés à reprendre le travail quelques heures avant la catastrophe malgré les craintes des salariés ayant repéré des fissures sur les murs.

Le père de Rana, co-propriétaire de l'immeuble, et cinq dirigeants d'usines textiles opérant au sein de l'immeuble, sont aussi menacés d'inculpation pour avoir ignoré les mises en garde sur les fissures.

L'un d'eux est un Espagnol, David Mayor, qui n'était pas au Bangladesh au moment de l'accident et n'y est jamais revenu pour éviter une arrestation, a dit un autre enquêteur, Habibur Rahman.

Plusieurs marques européennes d'habillement faisaient confectionner des pièces au sein de l'immeuble, notamment Benetton, l'espagnol Mango et la chaine britannique Primark.

Le responsable de l'enquête a indiqué par ailleurs que les investigations étaient "pratiquement terminées".

"Nous voulions terminer notre travail avant le premier anniversaire de la tragédie le 24 avril mais même la rédaction des dossiers d'enquête s'avère une tache énorme", a dit Rahman à l'AFP.

"Nous espérons pouvoir requérir les chefs d'accusation d'ici le mois prochain", ajoute-t-il.

Selon les enquêteurs, des ingénieurs, des inspecteurs ayant donné le feu vert à l'utilisation de l'immeuble sans l'avoir inspecté et des cadres intermédiaires de l'usine seront aussi inculpés.

Quelque 900 à 1.000 personnes ont été interrogées, dont les survivants et des témoins de la catastrophe. Des "preuves irréfutables" prouvant "l'irresponsabilité et l'avidité" des propriétaires de l'immeuble et des ateliers ont été recueillies, selon eux.

Une vague d'inspections de 1.500 ateliers textiles financée par les chaines occidentales d'habillement a été récemment lancée pour essayer d'éviter de nouveaux drames et plusieurs usines ont été fermées depuis.

Le Bangladesh est le deuxième exportateur de vêtements au monde, fournissant notamment des grands noms tels que l'américain Walmart, le français Carrefour ou encore le suédois H&M.

Pilier de l'économie, le secteur représente 80% des exportations annuelles s'élevant à 27 milliards de dollars, et emploie quatre millions de personnes, en majorité des femmes.

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