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« Quand j'étais l'Amérique » d'Elsa Pépin : le recueil de toutes les libertés (ENTREVUE)

15/04/2014 03:05 EDT | Actualisé 15/04/2014 03:08 EDT
Samuel Larochelle

L’année 2013-2014 est à marquer d’une pierre blanche pour Elsa Pépin. En plus de vivre les derniers jours de l’émission Voir télé, où elle partageait son amour des arts de la scène, la journaliste a donné naissance à un premier enfant et s’est commise avec un recueil de nouvelles aux saveurs de raffinement et de simplicité.

Passionnée depuis l’adolescence par les mots de Balzac, Zola, Flaubert, Hugo, Tolstoï, Dostoïevski et Baudelaire, Elsa Pépin a obtenu une maîtrise en littérature française du 18e siècle, avant de travailler comme recherchiste et chroniqueuse pour plusieurs émissions littéraires à la radio et d’animer Rature et lit sur Airelibre.tv.

Après toutes ces années à lire et réfléchir sur les grands classiques, la publication de ses premiers écrits venait inévitablement avec un léger vertige. «J’étais très intimidée par l’objet du livre et je me demandais si j’allais réussir à publier. Mais un jour, j’ai commencé à m’intéresser à la littérature contemporaine et j’ai vu qu’il était possible d’écrire de bons livres et de témoigner de son expérience actuelle, sans être forcément dans la lignée de Guerre et Paix

Impliquée dans le processus d’écriture de deux romans depuis cinq ans, sans arriver à mettre un point final à son travail, Elsa Pépin a récemment senti l’urgence de raconter plusieurs histoires courtes. L’arrivée imminente de son premier enfant l’a également poussée à mener son projet de recueil à terme. «Je me questionnais à savoir si j’allais avoir le temps d’écrire après la naissance de ma fille, mais j’avais aussi envie de raconter comment on devient libre, un peu comme on peut l’être dans notre enfance.»

«Les nouvelles de mon recueil ne tournent pas autour d’un même thème, mais elles ont été écrites dans un état d’esprit bien précis, une période de six mois où j’écrivais du matin au soir, en pensant presque juste à ça.»

Le cheminement de ses personnages, à la fois solitaires, assoiffés de liberté et désireux d’une place dans le monde, est habilement illustré par une citation de Prévert, mise en exergue : «Pour faire le portrait d’un oiseau, peindre d’abord une cage avec une porte ouverte.»

«À mon sens, ça signifie que pour être libre de faire ce qu’on veut, il faut reconnaître les cages dans lesquelles on est pris malgré soi : la société, la famille, les amours ratés, etc.»

Fascinée par ce qui unit et éloigne les êtres humains, l’écrivaine a mis une grande part d’elle-même dans la nouvelle qui a donné le titre au recueil et qui raconte la difficulté d’une jeune Québéco-Française à trouver sa place dans la famille qui l’accueille tous les étés en France.

«J’ai été déchirée par mes deux nationalités très longtemps. J’ai idéalisé la France et sa littérature pendant des années, jusqu’au jour où j’ai réalisé toute la richesse des auteurs québécois et du Québec.»

Isolée à la campagne pendant six mois, loin des distractions et de la littérature des autres, Elsa a redécouvert le bonheur de la nouvelle, cet art du condensé qui l’avait déjà poussée à publier de brèves histoires dans plus d’un collectif au cours de la dernière décennie.

«J’aime l’exercice de rassembler une idée autour d’un seul souffle, d’un moment de vie, d’une émotion ou d’une intention. C’est une façon de construire une histoire sans multiplier les situations et les personnages. Lorsque je lis les nouvelles des autres, j’adore me dire que je viens de déguster tout un univers en dix ou trente minutes de lecture. Je crois qu’on sous-estime cette forme d’écriture.»

Malgré son amour de la nouvelle, Elsa Pépin se tournera vers le roman pour ses deux prochains projets. Le premier, qui a déjà trouvé un éditeur, invitera les lecteurs dans un voyage à travers l’histoire médicale, avec une touche de mythologie et une histoire entre deux sœurs. Le second, un livre inspiré de la vie de son arrière-grand-mère née en Indochine, offrira une réflexion sur la vie des colonisateurs français expatriés.

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