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Ukraine: les pro-russes, toujours à l'offensive dans l'Est, en appellent à Poutine

14/04/2014 10:43 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

Les insurgés armés pro-russes sont repassés à l'offensive lundi dans l'Est de l'Ukraine, demandant l'aide de Vladimir Poutine face au gouvernement pro-européen de Kiev, qui a offert une ouverture politique et lancé un appel à l'ONU.

Confronté à des assauts, visiblement coordonnés, menés depuis samedi par des activistes pro-russes mais aussi des groupes d'hommes armés aux uniformes sans identification, le pays de 46 millions d'habitants apparaissait plus que jamais menacé d'éclatement entre l'est russophone et le centre et l'ouest tournés vers l'Europe.

Le Kremlin a annoncé que le président russe recevait "de nombreuses demandes" d'aide des régions de l'Est ukrainien et observait la situation avec "beaucoup d'inquiétude". Une déclaration qui renforce les craintes d'intervention, la Russie ayant massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière selon l'Otan, et M. Poutine ayant de longue date dit qu'il assurerait "à tout prix" la sécurité des populations russophones de l'ex-URSS.

Signe de cette tension, Washington a dénoncé une provocation contre un de ses navires en mer Noire par un chasseur-bombardier russe. Et les présidents américain Barack Obama et français François Hollande ont exprimé leur "inquiétude face aux événements violents" d'Ukraine.

Sur le terrain, des centaines de manifestants pro-russes armés de gourdins et de pierres ont attaqué et pris les sièges de la police et de la municipalité à Gorlivka, localité de 250.000 habitants dans la province de Donetsk, frontalière de la Russie.

Kiev avait pourtant annoncé une "opération antiterroriste de grande envergure" pour reprendre la main face aux pro-russes qui tiennent des bâtiments publics dans une demi-douzaine de villes de l'Est, mais aucune activité militaire loyaliste n'a été constatée par les journalistes de l'AFP dans la région, hormis quelques survols aériens.

A Slaviansk, ville symbole des dernières tensions où des groupes armés se sont emparés samedi des bâtiments de la police, des services de sécurité et de la municipalité, la situation était fermement sous le contrôle des insurgés.

- Empêcher 'un génocide' -

"Nous demandons à la Russie de nous protéger et de ne pas permettre un génocide de la population du Donbass (est de l'Ukraine). Nous demandons au président Poutine de nous aider," a lancé devant la presse un de leurs chefs, Viatcheslav Ponomarev.

Devant le siège de l'administration municipale, une dizaine d'hommes puissamment armés, portant le même uniforme et l'air très professionnel. D'autres, en camion militaire, renforçaient les défenses autour de la localité, avec des équipements de guerre, anti-aériens et anti-chars.

Au centre ville, un millier d'habitants étaient rassemblés, promettant de rester sur place jusqu'à l'organisation d'un référendum sur le rattachement à la Russie.

Les pro-russes réclament ce rattachement, ou au minimum une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions.

Pour la première fois, le président intérimaire ukrainien Olexandre Tourtchinov a fait lundi une ouverture dans ce sens, suggérant qu'un tel scrutin pourrait être organisé en même temps que la présidentielle anticipée prévue le 25 mai. Il s'est dit certain que "la majorité des Ukrainiens se prononcerait pour une Ukraine indivisible, indépendante, démocratique et unie".

Mais M. Tourtchinov évoque un référendum national, alors que les insurgés veulent des scrutins locaux, où le rapport de force leur serait plus favorable. Et le gouvernement a jusqu'à présent toujours refusé d'aller au delà d'une "décentralisation", jugeant que la "fédéralisation" soutenue par Moscou ouvre la voie à l'éclatement du pays.

- 'Guerre contre son peuple' -

M. Tourtchinov en a également appelé à l'Onu, estimant dans un entretien téléphonique avec Ban Ki-moon, secrétaire général de l'organisation, que la présence sur le terrain de "professionnels et d'observateurs pourrait attester de la légitimité de nos actions".

Un appel qui a peu de chances d'être suivi d'effet, la Russie disposant d'un droit de veto à l'Onu. Elle a d'ailleurs demandé la réunion d'urgence du Conseil de sécurité dimanche soir, pour sommer les autorités de Kiev, issues d'un soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-russe et que le Kremlin ne reconnaît pas, de cesser "la guerre contre (leur) propre peuple".

Les Occidentaux accusent Moscou d'être l'instigateur des troubles, dénonçant les similitudes avec ce qui s'est passé en mars en Crimée, rattachée à la Russie après l'intervention de groupes armés non identifiés - des militaires russes selon tous les observateurs, ironiquement baptisés "hommes verts" en Ukraine - et un référendum controversé.

Ce regain de tension fait peser l'incertitude sur des pourparlers prévus jeudi à Genève pour tenter de régler la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide. Selon l'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, la réunion serait "menacée si les opérations militaires commencent dans l'est de l'Ukraine".

Les ministres européens des Affaires étrangères réunis à Luxembourg ont eux mis en cause la Russie dans "l'escalade" et un sommet de l'UE pourrait se tenir la semaine prochaine pour durcir les sanctions contre la Russie, selon le ministre français, Laurent Fabius.

Les ministres ont donné leur feu vert à un prêt d'environ un milliard d'euros à Kiev, au bord de l'asphyxie financière, qui a également obtenu une garantie de crédit des États-Unis d'un milliard de dollars.

Les Européens sont inquiets de la menace russe d'une coupure des livraisons de gaz à Kiev, qui a accumulé une importante dette envers Moscou. Quelque 13% du gaz consommé par l'Union européenne transite en effet par l'Ukraine.

L'arme peut toutefois se révéler à double tranchant. La Russie est déjà affectée économiquement par la crise, et la Bourse de Moscou et le rouble étaient en nette baisse lundi.

bur-so/ai

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