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En route pour la canonisation, au volant d'une "relique" de Jean Paul II...

14/04/2014 04:55 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Marek Schramm est fan de vieilles autos et admirateur de Jean Paul II. Lundi, il a quitté Berlin, au volant de l'ancienne voiture du cardinal Karol Wojtyla, pour se rendre à Rome, via Cracovie, à la canonisation du pape polonais.

"Sa vitesse maximale est de 115 km/h, mais elle se conduit vraiment bien à 70", explique fièrement Marek Schramm, un Allemand de mère polonaise qui a acquis en 2012 l'ancienne voiture de Wojtyla qui venait de passer près de trente ans à rouiller dans un hangar en Allemagne.

Aidé par un groupe de 11 Allemands et six Polonais, il a passé plus de 2.500 heures à restaurer la FSO Warszawa --une ancienne marque polonaise de la période communiste--, qui a appartenu dès sa sortie de l'usine en 1958, et jusqu'en 1977, à Karol Wojtyla, alors cardinal de Cracovie.

"J'ai beaucoup téléphoné en Pologne à la recherche de pièces de rechange. Quand je disais que c'était l'ancienne automobile de Jean Paul II, les gens étaient vraiment prêts à m'aider. Certains m'ont même donné les pièces gratuitement", raconte M. Schramm, 45 ans, agent immobilier et collectionneur de vieilles voitures à Ilmenau, petite ville d'ex-Allemagne de l'Est.

Karol Wojtyla possédait en effet une FSO Warszawa, la seule grande berline de marque polonaise, qui fut fabriquée entre 1951 et 1973 sous licence des Pobieda soviétiques et restait encore la voiture la plus répandue en Pologne au début des années 1980.

"Techniquement, c'est une voiture très simple", constate Peter Hertwig, l'un des mécaniciens de M. Schramm, qui l'accompagne sur une partie du voyage. "En RDA, d'où je suis originaire, nous avions l'habitude de réparer ce genre de véhicules".

Marek Schramm, qui a grandi dans l'Allemagne communiste et passé tous les étés de son enfance chez sa grand-mère polonaise à Gdansk, haut lieu de la résistance de Lech Walesa contre le joug soviétique, a gardé la peinture d'origine de la carrosserie, "bleu canard", se contentant de vernir les plaques de rouilles pour que la berline ne se détériore pas davantage.

Il a laissé la housse beige sur laquelle s'asseyait Wojtyla, toujours installé du côté droit à l'arrière et qui disposait d'une petite lumière pour lire en voiture.

En revanche, il a dû troquer la plaque d'immatriculation polonaise d'origine "KR 96 13", contre une plaque allemande qu'il a personnalisée: "IL JP2 H" pour Ilmenau, Jean Paul II, le H désignant les automobiles anciennes (historiques) mais aussi les saints ("heilig" en allemand).

Sur le tableau de bord, l'horloge marque à jamais l'heure de la mort du pape Jean Paul II en 2005. Et le trousseau de clé de la voiture est orné d'une de ses photos.

"Ce voyage, c'est une façon pour moi d'honorer le rôle politique de Jean Paul II, qui a ébranlé le régime communiste", explique M. Schramm, qui se définit comme catholique non pratiquant.

A 13 ans, il distribuait sous le manteau en RDA des insignes de Solidarnosc, premier syndicat autonome de la zone soviétique dirigé alors par Walesa. Il passa même quelques mois dans les prisons de l'Allemagne communiste, notamment parce qu'il avait essayé de s'enfuir.

Au volant de sa "relique", il compte rallier Rome en quinze jours, en passant notamment par Gdansk, Varsovie, Cracovie, des villes qui ont marqué son existence, comme celle de Wojtyla.

"Tout cela me paraît bien difficile: aller sur l'autoroute avec une voiture qui ne dépasse pas 70 km/h...", a confié à l'AFP Piotr Staszcyk, beau-frère du chauffeur de Wojtyla qui fut le dernier à l'avoir réellement utilisé en 1982, avant qu'elle finisse dans un hangar.

Son lointain neveu, Alexander Gawron, un Polonais qui travaille pour BMW en Allemagne et qui a vendu à M. Schramm la berline, est en revanche enthousiasmé par l'idée.

Il n'avait jamais douté que ce véhicule, qu'il avait laissé à l'abandon, pourrait un jour repartir. Après avoir tenté de la vendre aux enchères chez Christie's, il avait décidé de la céder, pour une somme qu'il préfère taire, à M. Schramm qui évoque "un montant à 6 chiffres".

"Je voulais que le futur propriétaire soit un Polonais, a souligné M. Gawron. Jamais je ne l'aurais laissé à un riche industriel russe".

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