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Elections en Guinée-Bissau: 70% de participation pour dire non à la violence

14/04/2014 07:34 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

La participation à la présidentielle et aux législatives de dimanche en Guinée-Bissau a été d'environ 70%, a annoncé lundi la commission électorale, signe fort de la volonté des électeurs d'en finir avec la violence politico-militaire dans leur pays.

"Le bilan est positif si l'on tient compte de l'affluence des électeurs dans les différents bureaux de vote. La participation dépasserait les 70%", a déclaré à des journalistes le président de la Commission nationale électorale (CNE), Augusto Mendes.

Un tel taux serait exceptionnel pour la Guinée-Bissau où la participation lors des précédents scrutins similaires n'excédait pas 60%.

M. Mendes a affirmé que la CNE travaillait à une publication des résultats mercredi.

La journée de dimanche a été marquée par une très forte affluence d'électeurs patients et déterminés à en finir avec le passé trouble de leur pays habitué aux coups d'Etat à répétitions, dont le dernier date du 12 avril 2012.

Selon Vincent Foucher, analyste à International Crisis Group (ICG), spécialiste de la Guinée-Bissau, cette mobilisation "montre que les gens ont voulu dire +non+ aux coups d'Etat militaires" et "qu'il y a chez eux un vrai espoir de voir des gens nouveaux à la tête du pays".

Lundi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) ont salué la bonne tenue des élections.

M. Ban a invité les candidats à respecter les résultats des scrutins et, en cas de contestation, à suivre les voies légales de recours.

La Cédéao a demandé la levée des sanctions internationales imposées à Bissau depuis le coup d'Etat, et décidé de maintenir jusqu'en décembre sa force en Guinée-Bissau sa force, l'Ecomib (750 hommes), ainsi qu'une équipe civile qui a notamment pour mission d'aider à créer un cadre de dialogue pour prévenir des troubles post-électoraux.

Dans leur déclaration préliminaire, les observateurs de l'Union européenne (UE) ont noté que ces élections ont été "pacifiques et ordonnées", permettant "à un nombre élevé d'électeurs d'exercer librement" leur droit de vote.

Le Portugal, ancienne puissance coloniale à Bissau, a également salué "l'affluence élevée" et un processus électoral "libre, juste et transparent".

- Forte implication internationale -

Treize candidats se présentaient à la présidentielle et ceux de 15 partis aux législatives.

Parmi ceux à la présidentielle, figuraient José Mario Vaz et Abel Incada, qui représentent les deux principales formations politiques du pays: le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti de la rénovation sociale (PRS) de l'ex-président Kumba Yala décédé le 4 avril.

Le PAIGC, parti historique de la guerre d'indépendance contre le Portugal, est toujours le mieux implanté dans le pays.

Il devrait largement l'emporter aux législatives et son candidat à la présidentielle sera - sauf énorme surprise - présent à un très probable second tour prévu le 18 mai.

L'armée avait apporté son soutien à Nuno Gomes Nabiam, 51 ans, un ingénieur de l'aviation civile proche de Kumba Yala.

Paulo Gomes, 50 ans, candidat indépendant et atypique qui a dirigé la division Afrique subsaharienne de la Banque mondiale, pourrait créer la surprise et son nom revenait souvent dimanche chez de jeunes électeurs interrogés après leur vote.

Les élections de dimanche doivent rétablir la légalité constitutionnelle deux ans après le putsch d'avril 2012 qui avait renversé le régime du Premier ministre Carlos Gomes Junior entre les deux tours d'une présidentielle interrompue de facto.

Le putsch avait été mené par le chef de l'armée, le général Antonio Indjai, inculpé il y a un an aux Etats-Unis pour son implication dans le trafic de drogue dont la Guinée-Bissau est devenue une plaque tournante en Afrique de l'Ouest ces dernières années.

Les élections présidentielle et législatives auraient dû avoir lieu un an après le coup d'Etat mais ont été plusieurs fois reportées.

L'implication et les fortes pressions des partenaires étrangers de la Guinée-Bissau, en particulier de ses voisins ouest-africains, pour que les scrutins aient lieu au plus vite et pacifiquement, ont fini par payer.

Mais la peur d'un nouveau putsch après la publication des résultats reste forte si le candidat élu à la présidentielle ne convient pas aux chefs de l'armée.

"Il y a toujours un risque de coup d'Etat, mais la vraie différence par rapport aux élections de 2012, c'est le degré d'engagement de la communauté internationale dans la préparation de ces élections", selon Vincent Foucher.

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