POLITIQUE

Commission Charbonneau: Maska coincée entre les géants DJL et Sintra pour les contrats de pavage

14/04/2014 09:15 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT
CEIC

Le directeur général de Pavages Maska admet qu'il y a eu de la collusion dans le pavage par le passé et que des entreprises s'entendent encore pour ne pas empiéter sur leurs territoires respectifs. Mais Serge Daunais ajoute que, dans ce nouvel environnement plus compétitif, dominé par les géants DJL et Sintra, le respect des territoires est la bouée de sauvetage des petits entrepreneurs.

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Un texte de Bernard Leduc Courriel et François Messier Twitter Courriel

Maska est essentiellement présente en Montérégie, où elle possède sept usines d'asphalte (enrobés bitumineux). L'entreprise détient 30 % des parts de marché en ce qui concerne le MTQ dans la Montérégie-Est, ce qui s'est traduit par 48 millions de dollars en contrats entre 1997 et 2012. Maska est sinon un joueur mineur en Montérégie-Ouest et en Estrie.

M. Daunais explique que Maska est de fait coincée entre ces deux géants de l'asphalte que sont Sintra et DJL, qui sont présents sur tout le territoire du Québec.

M. Daunais a avoué qu'entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 il y a eu de la collusion dans le secteur du pavage, comme l'avait soutenu l'ex-président de Sintra. Maska a donc fait des soumissions de complaisance ou demandé à des compétiteurs d'en faire ainsi que discuté de partage de territoire avec DJL et Sintra.

Il a cependant précisé que « ça fait longtemps que ça n'existe plus », même si un certain respect des territoires demeure malgré la forte compétition actuelle.

Le directeur général de Maska explique qu'en fait, ce qui reste de cette entente tacite est tout à l'avantage des petits joueurs. Maska, dit-il, perdrait sinon ce qui lui reste de marché, qui lui permet à peine de se maintenir au seuil de la rentabilité.

M. Daunais a expliqué que c'est la proximité entre l'usine et le chantier qui dans ces cas détermine qui a le contrat, puisque seule la distance fait varier les coûts, chacun ayant sinon les mêmes coûts pour la main-d'œuvre, l'équipement, le bitume,...

M. Daunais va jusqu'à soutenir que la collusion n'a pas permis de dégager des marges de profits plus appréciables que celles dégagéss depuis en libre compétition, soit des variations entre 1 % et 2 %. Il soutient, de fait, que de façon générale, en incluant les frais d'administration, les profits ont toujours entre 12 % et 15 %.

M. Daunais insiste par ailleurs pour dire qu'il ne faut pas croire que tout échange d'information entre entrepreneurs est de la collusion : chacun est naturellement intéressé à connaître le marché et donc sonde ses compétiteurs.

« On est parti collusion, collusion, collusion, mais faire des affaires, ce n'est pas toujours de la collusion », a-t-il soutenu.

Maska, propriété en partie de... Sintra

L'entreprise se trouve dans une situation pour le moins particulière puisque depuis 2012, elle est détenue à hauteur de 40 % par Sintra, un compétiteur direct et, surtout, le plus gros joueur au Québec dans le pavage avec DJL.

M. Daunais explique que cette situation a soulevé des interrogations au ministère des Transports du Québec, où Sintra et Maska se trouvent à soumissionner sur les mêmes contrats.

Le directeur général de Maska soutient cependant que Sintra ne se mêle pas jusqu'ici des décisions de Maska, mais que la situation met des personnes à l'interne mal à l'aise. « Pour moi c'est clair que ce n'est pas clair », dit-il, parlant d'un imbroglio juridique qui tarde à se régler quant à cette relation Sintra-Maska.

Le tiers de ses contrats provient du MTQ, un autre tiers du municipal et du commercial et le dernier tiers de contrats obtenus en sous-traitance.  L'entreprise a 225 employés en haute saison et un chiffre d'affaires annuel de 55 millions $. Maska est la propriété de Claude Chagnon, qui possède aussi ABC-Rive-Nord et Entreprises Claude Chagnon.

M. Daunais a d'abord œuvré chez Sintra jusqu'en 1984 puis chez DJL jusqu'en 2002. Il est directeur général de Maska depuis ce temps.

M. Daunais sera le troisième dirigeant d'une firme de pavage entendu depuis le retour de la pause électorale. La semaine dernière, la commission a entendu Normand Bédard, ex-président de Sintra, et Marcel Roireau, président de DJL.

Normand Bédard a soutenu la semaine dernière que Sintra avait fait de la collusion avec Pavages Maska, notamment dans la région de Montérégie-Est et du Centre-du-Québec.

Les deux entreprises avaient convenu de respecter le territoire de chacun dans la région, et faisaient des soumissions de complaisance l'une pour l'autre.

Il a expliqué que M. Daunais avait été son interlocuteur chez Pavages Maska pour cette entente, après que Pavages Maska eut été achetée par les Entreprises Claude Chagnon. M. Roireau a cependant nié avoir conclu des ententes du genre avec M. Daunais.

M. Bédard avait aussi expliqué qu'une entente de collusion entre Sintra et DJL dans la région de l'Estrie a volé en éclats après l'arrivée de Pavages Maska à Magog.

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