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Afghanistan: les médias sociaux pour contrecarrer la fraude électorale

14/04/2014 02:32 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Las de la fraude massive ayant miné la crédibilité des derniers scrutins, les électeurs afghans se tournent vers les médias sociaux pour exposer au grand jour la tricherie présumée lors de la présidentielle et ainsi aider les observateurs.

Des images filmées par des téléphones de bourrage d'urnes à la va-vite, d'intimidation devant les bureaux de scrutin, ou de bulletins de vote disséminés dans les rues, poseraient des doutes sur le sérieux d'une élection en Occident.

En Afghanistan, porter à la lumière du jour ces entorses est un pas en avant pour purger les élections de la fraude qui a miné tous les scrutins depuis la chute des talibans.

"La majorité de ces vidéos qui circulent sur les médias sociaux ont été enregistrées dans des endroits où le gouvernement n'a pas accès. Nous allons donc regarder de près ces vidéos", explique Nader Mohseni, porte-parole de la Commission des plaintes électorales (ECC).

Cette instance est chargée d'étudier les plaintes pour fraude lors de la présidentielle afghane devant désigner le successeur de Hamid Karzaï à la tête de l'Etat et dont le premier tour s'est déroulé le 5 avril.

Les premiers résultats préliminaires, et encore fragmentaires avec moins de 10% des votes dépouillés, accordent 41.9% des voix à l'opposant Abdullah Abdullah et 37,6% à Ashraf Ghani, économiste et ancien cadre de la Banque mondiale. Si aucun candidat n'obtient plus de 50%, un second tour sera organisé le 28 mai prochain.

- Les observateurs citoyens -

Dans l'une des vidéos essaimées sur le web (on.fb.me/1exWdEG), trois jeunes hommes et un jeune garçon parlant pachtoune avec l'accent de Kandahar (sud), ancienne capitale talibane, tamponnent frénétiquement des bulletins de vote, principalement pour Ashraf Ghani mais aussi pour Abdullah Abdullah.

Sur Facebook, la vidéo a été partagée plus de 1.300 fois et suscitait des échanges acrimonieux entre partisans et rivaux de M. Ghani alors que de simples citoyens exprimaient leur colère sinon leur désarroi.

"J'ai attendu quatre heures pour déposer mon bulletin dans l'urne et seulement un bulletin. Regardez! Ces hommes votent des centaines de fois pour un seul candidat", déplore Kamal Naser Faqiryar, un internaute.

Dans une autre vidéo (on.fb.me/RgaJXr) devenue virale à l'échelle du web afghan, une femme incite ses congénères faisant la file devant un bureau de vote à opter pour un candidat, violant ainsi la loi électorale.

"Si je veux faire quelque chose, je le fais, ces gens sont des miens et je fais pression sur eux pour qu'ils agissent comme je le veux", argue-t-elle, interrogée par un observateur citoyen muni de son téléphone portable. Des femmes confient ensuite à la caméra avoir été battue par l'intimidatrice.

La Commission des plaintes a indiqué dimanche avoir reçu jusqu'à présent 1.892 plaintes pour fraude, dont environ 870 sont jugées très sérieuses car elles peuvent affecter les résultats de la première transition démocratique de l'histoire afghane.

Malgré tout, estime la Commission, cette élection semble "moins frauduleuse" que celle de 2009 ayant reconduit au pouvoir Hamid Karzaï qui ne peut cette briguer un troisième mandat.

L'analyste Abdul Waheed Wafa demeure prudent sur ces vidéos de fraudes présumées qui circulent sur internet car elles pourraient elles-mêmes être des faux, mais s'enthousiasme toutefois de cette volonté citoyenne de traquer le trucage.

"Les médias sociaux permettent de partager des informations et d'alimenter le débat... Je pense qu'ils vont avoir un impact positif pendant tout le processus électoral et même au-delà", dit-il.

Seul bémol, en Afghanistan, seulement deux millions de personnes, moins de 10% de la population, a accès à l'internet sur un ordinateur, d'après les autorités, mais ce nombre ne tient pas compte des usagers des "smartphones", un marché en pleine expansion dans le pays.

Et même les talibans, qui avaient jadis interdit l'internet, qualifié d'outil de propagande occidentale, font aujourd'hui grand usage de Twitter pour essaimer leurs idées sur la toile et revendiquer des attentats.

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