NOUVELLES

Ukraine : Kiev dénonce la "guerre" russe et passe à l'offensive dans l'Est

13/04/2014 01:11 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Le gouvernement ukrainien pro-européen a déclenché dimanche une "opération antiterroriste" dans l'Est contre les insurgés armés pro-russes, dont l'offensive porte selon Kiev, Washington et l'Otan toutes les marques d'une implication de Moscou.

"Le sang a été versé dans la guerre que la Russie livre à l'Ukraine", a affirmé le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov dans un discours à la nation, ajoutant avoir ordonné "une opération antiterroriste de grande envergure" pour mettre fin à ces troubles.

Selon le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov, l'opération, entamée dimanche matin, a fait "des morts et des blessés des deux côtés".

Le regain de violence depuis 48 heures fait peser une incertitude sur des pourparlers prévus pour la semaine prochaine afin de tenter de régler la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

Et il fait craindre que Moscou, qui a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière, ne saisisse ce prétexte pour une intervention, le président Vladimir Poutine ayant promis de défendre "à tout prix" les ressortissants russes dans l'ex-URSS.

Une série d'attaques visiblement coordonnées a été lancée samedi dans des villes de l'est russophone de l'Ukraine, région frontalière de la Russie, par des hommes armés, portant souvent des uniformes sans insignes.

Des incidents qui rappellent les événements du mois de mars en Crimée, rattachée à la Russie après l'intervention de groupes armés non-identifiés -des militaires russes selon tous les observateurs- et un référendum controversé.

- Le "scénario de la Crimée" -

"Nous ne laisserons pas la Russie répéter le scénario de la Crimée", a d'ailleurs promis M. Tourtchinov. La ressemblance dans le mode opératoire a également été dénoncée dimanche par le patron de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, et l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power, qui a menacé Moscou de nouvelles sanctions.

Selon le ministre Avakov, la contre-offensive ukrainienne était principalement concentrée sur Slaviansk, où un groupe armé s'est emparé des locaux de la police et des services de sécurité (SBU), hissant le drapeau russe.

M. Avakov a fait état sur sa page Facebook d'un mort et de cinq blessés côté loyaliste et d'"un nombre indéterminé" de victimes chez les séparatistes.

L'administration régionale a plus tard fait état d'un mort et de neuf blessés. Un photographe de l'AFP a vu des voitures civiles portant des impacts de balles sur une route près de Slaviansk, à la suite d'un incident qui a fait un mort d'après l'administration régionale et des témoins. L'agence de presse russe RIA a de son côté affirmé qu'un civil avait été tué dans cette ville.

Des photographes de l'AFP présents sur place n'ont toutefois constaté aucun combat à Slaviansk, survolée par des hélicoptères militaires. Les assaillants tenaient l'un des ponts donnant accès à cette localité de 100.000 habitants.

Des civils pro-russes se sont regroupés dans la pluie et le froid pour protéger les bâtiments occupés. M. Avakov a dénoncé l'utilisation de "boucliers humains".

- Manifestations dans l'est -

Une habitante de Slaviansk, Elena, 47 ans, a décrit une situation où "les gens attendent que la guerre commence".

Les assaillants sont apparus bien équipés et organisés, ne portant aucun insigne. Un groupe semblable s'est emparé du commissariat et de la mairie de Kramatorsk, une ville voisine, ont affirmé les autorités régionales.

Des manifestations pro-russes, mais aussi pour l'unité de l'Ukraine, ont eu lieu dimanche dans différentes cités de l'Est, selon les autorités régionales. A Marioupol, sur la mer d'Azov, les manifestants se sont emparé sans résistance du siège de l'administration locale, hissant le drapeau de la "république de Donetsk".

A Kharkiv, une agglomération qui a connu des émeutes pro-russes, des incidents entre manifestants des deux camps auraient fait une cinquantaine de blessés.

A l'issue d'une première série de soulèvements le 6 avril, des pro-russes avaient proclamé à Donetsk, autre grande ville de la région, une "république souveraine", tout en ne contrôlant alors que deux bâtiments.

Ils réclament le rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions. Kiev refuse, y voyant la porte ouverte à un éclatement de l'Ukraine, et n'accepte qu'une "décentralisation".

Moscou n'a jamais reconnu le gouvernement provisoire pro-européen arrivé au pouvoir après le renversement fin février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch à la suite de sanglantes manifestations dans la capitale ukrainienne. Et la Russie a mis en garde l'Ukraine contre tout recours à la force contre les insurgés.

L'Union européenne a sommé dimanche Moscou de cesser les "opérations visant à déstabiliser" son voisin et invité Kiev à continuer à faire preuve de retenue, tandis que Paris se prononçait pour de "nouvelles sanctions en cas d'escalade militaire".

Moscou dément toute responsabilité et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a de nouveau affirmé que Moscou n'avait aucune intention de rattacher à la Russie les régions orientales de l'Ukraine.

"Très inquiet" face aux "risques croissants d'affrontements violents", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé tous les protagonistes à "faire preuve du maximum de retenue" et au dialogue.

Des pourparlers Russie/Ukraine/Etats-Unis/UE sont justement annoncés pour jeudi prochain à Genève, mais la Russie a douché samedi cette lueur d'optimisme en affirmant que rien n'était en fait arrêté, notamment le "format" des discussions. Moscou a insisté pour que les pro-russes puissent être représentés et exposer leurs "intérêts légitimes".

M. Poutine a fait encore monter cette semaine les enjeux en avertissant que la crise pourrait mettre en danger les approvisionnements en gaz de l'Europe.

Quelque 13% du gaz consommé par l'Union européenne transite en effet par l'Ukraine, qui a des milliards de dollars de dette gazière envers Moscou. M. Poutine a menacé de cesser les livraisons à l'Ukraine si ces sommes n'étaient pas réglées.

bur-so/bds

PLUS:hp