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Le drame en Afghanistan, l'espoir au Canada

13/04/2014 10:38 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Le petit Abouzar, âgé de deux ans et demi, a failli perdre la vie dans un attentat taliban. Pour son cousin Touraj et les membres de sa famille qui ont survécu à l'attaque, il incarne aujourd'hui l'espoir d'une vie meilleure.

Un texte de Marie-Ève Bédard Twitter Courriel

Le 20 mars dernier, les célébrations du Nouvel An afghan ont tourné au cauchemar pour les convives de l'hôtel Serena de Kaboul.

Quatre jeunes hommes ont déjoué la sécurité pourtant réputée de l'hôtel de luxe et pénétré à l'intérieur, des armes à feu dissimulées dans leurs chaussures. Sur une vidéo de surveillance, on peut voir les assaillants frayer calmement avec les clients de l'hôtel pendant plusieurs heures avant de se mettre à abattre leurs victimes à bout portant.

Neuf personnes, dont deux Canadiennes, Roshan Thomas et Zeenab Kassam, des travailleuses humanitaires, y ont perdu la vie avant que les services de sécurité afghans n'abattent eux-mêmes les attaquants. Les talibans ont revendiqué le massacre.

Ce soir-là, le journaliste afghan de l'AFP, Sardar Ahmad, avait décidé de souligner la nouvelle année avec sa famille, sa femme et ses trois jeunes enfants, au Serena.

Angoisse et désespoir

Le neveu de Sardar Ahmad, Touraj Mohammed, s'est d'abord inquiété de ne rien voir sur le fil Twitter de Ahmad à propos de l'attaque. « Il est d'habitude très actif sur les médisa sociaux et je ne voyais rien du tout. J'ai appelé son cellulaire, mais il était fermé. »

Encore sans nouvelle au milieu de la nuit, il s'est dirigé à l'hôpital militaire où les corps des victimes étaient rassemblés.

« Quand j'ai vu Omar... » Touraj s'interrompt pour contenir ses larmes en repensant à l'instant où ses pires craintes se sont avérées. « J'ai reconnu Omar et Niloufar puis, Houmaira, leur mère. Je ne pouvais pas reconnaître le visage de Sardar à cause de ses blessures. »

Sous le coup de l'émotion, Touraj n'a pas réalisé tout de suite que le cadet de la famille, Abouzar n'y était pas. L'enfant de deux ans et demi avait été emmené à l'hôpital de guerre de Emergency, une organisation non gouvernementale italienne.

Le coordonnateur médical Luka Radaelli a été tiré de son sommeil quand les victimes du Serena ont commencé à arriver aux urgences. « Quand Abouzar est arrivé, il était dans un état critique. Il avait une fracture au crâne, on pouvait voir son cerveau. Il avait des blessures à la poitrine et aux jambes. »

Abouzar a subi plusieurs chirurgies et passé quarante-huit heures entre la vie et le mort.

Un miracle pour la famille

Aujourd'hui, Abouzar, tout sourire, se remet de ses blessures. Un miracle pour son oncle Bachir, un citoyen canadien revenu à Kaboul pour faire ses derniers adieux au reste de la famille, la mort dans l'âme.

« En chemin vers Kaboul, je ne pensais qu'à Sardar, à ma mère qui est très vieille et à moi. Je me disais que la fin du monde était arrivée. Mais quand j'ai vu Abouzar, il m'a donné de l'espoir, il m'a donné la force de me relever. Il est tout ce qui compte pour moi. »

Bachir n'était pas revenu en Afghanistan depuis cinq ans. Il a rencontré Abouzar pour la première fois sur son lit d'hôpital et souhaite ramener son neveu avec lui au Canada, là où une trentaine de familles l'attendent.

« Nous voulons pour Abouzar un avenir paisible et prometteur. Abouzar est tout ce qui nous reste de Sardar et nous souhaitons qu'il soit à son image. Le seul endroit où il puisse se sentir chez lui, c'est le Canada. »

Orphelin, Abouzar pourrait bénéficier d'une immigration d'urgence. Mais la famille a aussi désigné son cousin Touraj comme tuteur légal du bambin pour éviter de le bouleverser davantage. Elle demande donc au Canada, pour des raisons humanitaires, d'accélérer les procédures normales d'immigration pour qu'ils puissent, sa femme enceinte et lui, quitter l'Afghanistan dans les plus brefs délais et refaire leur vie au Canada avec Abouzar.

Cette mesure d'exception nécessiterait la signature du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Chris Alexander, un ancien ambassadeur du Canada en Afghanistan.

« Les enfants étaient très proches de moi. Surtout Omar et Abouzar. Ce qui est crucial, c'est qu'il me connaît et selon les médecins, pour qu'il se remette à long terme, c'est important qu'il soit entouré de ceux qu'il connait, qu'il soit à l'aise », explique Touraj.

Dans le lit voisin de celui d'Abouzar, la petite Nouria, dix ans, se remet d'une blessure par balle à la jambe. Elle observe l'air sérieux tout ce va-et-vient autour de son compagnon d'infortune, devenu célèbre.

Dans l'aile pédiatrique où ils sont traités, une dizaine d'enfants sont alités, tous des victimes innocentes d'un conflit dont on ne voit pas la fin. Déjà cette année, les admissions ont augmenté de 40 % par rapport à l'an passé.

« C'est notre quotidien. Nous sommes un hôpital purement chirurgical. Nous recevons des patients victimes de bombes, de balles, des éclats de shrapnel, raconte Luka Radaelli, coordonnateur médical à l'hôpital Emergency. Abouzar est un exemple célèbre de ce qui se passe ici. Nous avons tout plein d'histoires comme la sienne, malheureusement, certains ne survivent pas. Au cours des trois dernières années, les admissions ont augmenté sans arrêt. »

Abouzar lui a peut-être la chance d'échapper à cette réalité, de laisser derrière lui l'horreur qui a marqué à jamais sa courte vie, de quitter le pays qui lui a tout pris.

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