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La Guinée-Bissau a voté en masse pour tourner la page des putschs

13/04/2014 02:37 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Les électeurs de Guinée-Bissau ont voté massivement et calmement dimanche pour la présidentielle et les législatives, en espérant qu'elles permettront de tourner la page des coups d'Etat à répétition, le dernier datant d'avril 2012.

Le dépouillement a débuté juste après la fermeture des bureaux de vote prévue à 18h00 GMT. En fait plusieurs sont restés ouverts une demi-heure de plus pour que les électeurs encore présents puissent voter.

Les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs jours.

Dans les bureaux visités à Bissau par des journalistes de l'AFP, l'affluence a été forte et les files d'attente d'électeurs patients et déterminés à en finir avec le passé trouble de leur pays ont été nombreuses.

Parmi eux, une mère de famille de 42 ans, Hawa Sonko, a affirmé qu'elle venait "de faire un geste simple, mais très important: mon bulletin est comme une corde qui va aider à sortir mon pays du trou. La Guinée-Bissau souffre depuis 2012".

Le président de transition Manuel Serifo Nhamadjo, qui ne se présentait pas, a dit à l'AFP "espérer et souhaiter tourner la page pour la stabilité" et a encouragé le monde politique et l'armée à "travailler ensemble dans le respect mutuel".

Ces scrutins dans un pays miné par la violence politico-militaire et la pauvreté, qui ont facilité sa transformation en plaque tournante du trafic de drogue en Afrique de l'Ouest, auraient dû avoir lieu un an après le énième putsch du 12 avril 2012 mais ont été maintes fois reportés.

Le putsch, mené par le chef de l'armée, le général Antonio Indjai, avait interrompu des élections générales entre les deux tours en renversant le régime du Premier ministre Carlos Gomes Junior.

Les fortes pressions des partenaires étrangers de la Guinée-Bissau, en particulier de ses voisins ouest-africains, pour que les élections aient lieu au plus vite, ont fini par payer, mais la peur d'un nouveau dérapage après la publication des résultats reste forte.

De hauts responsables de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, qui rassemble 15 pays) sont venus à Bissau dire aux acteurs politiques et militaires qu'ils ne l'accepteraient pas.

Kadré Désiré Ouédraogo, président de la commission de la Cédéao, a rappelé "la tolérance zéro" de l'organisation "pour une accession non constitutionnelle au pouvoir".

Renversés par l'armée ou assassinés, rares sont les présidents ou Premier ministres qui ont pu finir leur mandat en Guinée-Bissau, ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1974 après une sanglante guerre de libération.

Le général Indjai est inculpé depuis un an aux Etats-Unis de complot de narco-terrorisme avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), ce dont il se défend.

- Un pays "meurtri" à relever -

Treize candidats se présentaient à la présidentielle et ceux de 15 partis aux législatives.

Parmi eux figuraient José Mario Vaz et Abel Incada, qui représentent les deux principales formations politiques du pays: le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti de la rénovation sociale (PRS) de l'ex-président Kumba Yala, décédé la semaine dernière.

L'armée a apporté son soutien à Nuno Gomes Nabiam, un ingénieur de l'aviation civile de 51 ans proche de Kumba Yala.

Paulo Gomes, candidat indépendant et atypique dans le paysage politique de la Guinée-Bissau jusqu'alors essentiellement dominé par des caciques de la guerre d'indépendance, pourrait créer la surprise et son nom revenait souvent chez de jeunes électeurs après leur vote.

C'est un économiste de 50 ans qui a passé la plus grande partie de sa vie à l'étranger, notamment à la Banque mondiale dont il a dirigé la section Afrique subsaharienne.

Il estime que ses compétences et ses réseaux peuvent aider à redresser son pays, qui figure parmi les plus pauvres au monde. Plus des deux-tiers des 1,6 million de Bissau-Guinéens vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

En votant à Bissau, il a affirmé que son pays était "meurtri" et avait "besoin d'être remis sur les rails". "Même si on perd, il faut mettre la main à la pâte pour aider le nouveau gouvernement", a-t-il assuré.

La plupart des partenaires internationaux de la Guinée-Bissau - dont le principal, l'Union européenne (UE) - ont suspendu leur aide après le coup d'Etat de 2012. Ils n'ont pas reconnu les autorités de transition alors mises en place avec l'aval des putschistes.

La sécurité des élections pour lesquelles 750.000 personnes (sur 1,6 million d'habitants) étaient appelées à voter, a été assurée par des soldats bissau-guinéens et ouest-africains. Elles ont été surveillées par 550 observateurs internationaux.

Un probable second tour est prévu le 18 mai si aucun candidat ne l'emporte dès le premier.

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