NOUVELLES

Présidentielle jeudi en Algérie, Bouteflika favori malgré sa maladie

12/04/2014 05:33 EDT | Actualisé 12/06/2014 05:12 EDT

Les Algériens sont appelés aux urnes jeudi pour élire leur président au cours d'un scrutin a priori sans surprise, le sortant Abdelaziz Bouteflika apparaissant comme le grand favori malgré ses ennuis de santé qui l'ont empêché de mener lui-même campagne.

Affaibli il y a un an par un AVC qui a conduit à son hospitalisation à Paris pendant près de trois mois, M. Bouteflika, 77 ans dont 15 à la tête de l'Algérie, suit une rééducation pour récupérer toutes ses facultés d'élocution et sa mobilité.

Malgré les déclarations rassurantes de son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal, qui a affirmé que sa santé "s'améliorait de jour en jour", beaucoup doutent de sa capacité à diriger l'Algérie cinq années supplémentaires.

Pour sa deuxième apparition pendant la campagne électorale s'achevant dimanche, M. Bouteflika a accusé son principal rival Ali Benflis d'avoir appelé à la violence, devant le chef de la diplomatie espagnole, selon des images retransmises par la télévision.

"Qu'un candidat vienne menacer les walis (préfets) et les autorités", disant "de faire attention à leurs familles et à leurs en cas de fraude, cela veut dire quoi", a dit M. Bouteflika qui s'exprimait en français d'une voix basse. C'est "du terrorisme à travers la télévision".

Ancien homme de confiance de M. Bouteflika, M. Benflis a appelé mercredi à la télévision les responsables locaux à ne pas s'impliquer dans d'éventuelles opérations de fraude et à "penser à préserver leurs familles".

Au-delà de la santé du président, ses détracteurs rejettent l'idée même d'un quatrième mandat, comme le mouvement de la société civile Barakat ("Ça suffit"). Une coalition de cinq partis d'opposition, dont le Mouvement de la société pour la paix (islamiste), mène, quant à elle, une campagne de boycottage, estimant que le scrutin est "verrouillé par les proches" du président.

Dans un pays où depuis l'indépendance, en 1962, l'armée a toujours joué un rôle majeur dans le choix du président, la presse a fait état ces dernières semaines de profondes divergences au sein de cette institution.

D'un côté, le puissant patron du renseignement militaire, le général Mohamed Mediene, dit Toufik, a, selon la presse, émis des réserves sur un 4e mandat. De l'autre, le chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, est "considéré comme le plus farouche soutien à la réélection du président", écrit El Watan.

- Début du vote en France -

Mais "peu importe de savoir qui sera le président à partir du moment où il n'a jamais été celui qui décide (...) Ceux qui décident sont dans l'ombre", a déclaré l'ex-Premier ministre Sid Ahmed Ghozali (1991-1992) au site internet TSA (Tout sur l'Algérie).

Les quelque 23 millions d'électeurs doivent choisir entre six candidats. En l'absence de sondages, M. Bouteflika est donné favori par les observateurs, mais M. Benflis croit à une revanche après sa défaite au scrutin de 2004.

Cinq jours avant leurs compatriotes, les Algériens de France, la plus importante diaspora, ont commencé à voter samedi.

Au consulat de Nanterre (ouest de Paris), Hamed, un cariste de 60 ans, veut garder "son président. Il est malade, mais il bouge encore". "Il est trop vieux, mais est-ce qu'on a trouvé mieux que lui ?" interroge Halima, 51 ans.

En revanche, Patricia-Fatima Houiche, 64 ans, observatrice du scrutin au bureau de vote de Gennevilliers (nord-ouest de Paris), veut croire que "la jeunesse française est derrière Benflis" et contre "ce président handicapé et virtuel".

- Garant de la stabilité -

Alors qu'il était hyper-actif pendant ses précédentes campagnes, M. Bouteflika a chargé sept proches de sillonner l'Algérie à sa place et ceux-ci l'ont présenté comme le garant de la stabilité.

Le président sortant a en effet suivi une politique de réconciliation nationale après une décennie de violences (200.000 morts).

Mais les blessures restent vivaces et les risques certains comme l'a montré la spectaculaire prise d'otages début 2013 par un commando islamiste sur le site gazier d'In Amenas qui s'était soldée par des dizaines de morts.

L'Algérie partage 7.000 km de frontières avec des pays du Sahel, comme le Mali où Al-Qaïda est actif, et des pays du "Printemps arabe", un "environnement explosif", mettent en garde les proches du chef de l'Etat.

Au cours des révolutions arabes de 2011, l'Algérie a connu des frémissements de révolte, cependant vite contenus. M. Bouteflika a rapidement annoncé des réformes, jugées insuffisantes par l'opposition.

Pour éviter de nouvelles tensions, alors que plus de 20% des moins de 35 ans sont sans emploi, le futur président sera confronté à un défi de poids : diversifier une économie ultra-dépendante des hydrocarbures, où l'industrie représente moins de 5% du PIB.

ao/abh/tp/cbo/bds

PLUS:hp