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La Guinée-Bissau vote dimanche pour tenter de retrouver la stabilité

11/04/2014 05:56 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

La Guinée-Bissau, pays miné par la violence politico-militaire et le trafic de drogue, vote dimanche à une présidentielle et des législatives censées ramener la stabilité deux ans après un énième coup d'Etat.

La campagne électorale s'est achevée vendredi dans une ambiance de carnaval, des milliers de partisans des différents candidats et partis se mêlant sans incident dans les rues défoncées de la capitale Bissau, dansant et hurlant leur espoir de victoire en allant aux derniers meetings.

Le président de transition Manuel Serifo Nhamadjo, qui ne se représente pas, a appelé partis et candidats à respecter les résultats et demandé à ses concitoyens de faire preuve de "civisme" en allant voter. "Le monde nous regarde" a-t-il dit.

La Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise de 1,6 million d'habitants, ne compte plus les coups d'Etat depuis son indépendance en 1974. L'instabilité chronique et l'extrême pauvreté y ont facilité l'implantation de trafiquants de drogue avec la complicité présumée de hauts responsables de l'armée, dont son chef, le général Antonio Indjai.

Dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, rares sont les dirigeants ayant pu finir leur mandat sans être renversés ou assassinés.

La Guinée-Bissau est citée par les organisations de lutte anti-drogue comme l'une des principales plaques tournantes du narcotrafic entre l'Amérique du Sud et l'Europe, même si les saisies de drogue sont passées de 47 tonnes en 2007 à environ 18 tonnes par la suite, selon l'Office de l'ONU contre la drogue et le crime (ONUDC). Dix-huit tonnes d'une valeur d'environ un milliard d'euros.

Treize candidats se présentent à la présidentielle et ceux de quinze partis aux législatives, des élections qui auraient dû se tenir un an après le dernier coup d'Etat militaire du 12 avril 2012, mais qui ont été reportées à de nombreuses reprises.

Le putsch, mené par le général Indjai, avait renversé le régime du Premier ministre Carlos Gomes Junior et s'était tenu entre les deux tours d'une présidentielle interrompue de facto.

- "Première étape dans la transition" -

Parmi les candidats, figurent José Mario Vaz, ancien ministre des Finances de Gomes Junior, et Abel Incada, qui représentent les deux principales formations politiques du pays: le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti de la rénovation sociale (PRS) de l'ex-président Kumba Yala, décédé la semaine dernière.

Paulo Gomes, indépendant et atypique dans le paysage politique de la Guinée-Bissau jusqu'alors essentiellement dominé par des caciques de la guerre d'indépendance contre le Portugal, pourrait surprendre.

C'est un brillant économiste de 50 ans qui a passé la plus grande partie de sa vie à l'étranger, notamment à la Banque mondiale dont il a dirigé la section Afrique subsaharienne.

Il estime que ses compétences peuvent aider à redresser son pays qui figure parmi les plus pauvres au monde, classé en 2012 à la 177ème place sur 187 du développement humain établi par l'ONU: plus des deux tiers des Bissau-Guinéens vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

L'économie repose sur l'agriculture et la pêche, qui représentent environ 63% du produit intérieur brut (PIB). L'agriculture assure 80% des moyens de subsistance et 90% des exportations, principalement les noix de cajou

Une situation aggravée par la suspension de l'aide de ses partenaires internationaux - dont le principal, l'Union européenne (UE) - après le coup d'Etat de 2012. Ils n'ont pas reconnu les autorités de transition alors mises en place avec l'aval des putschistes.

Le chef des putschistes, le général Indjai, a été inculpé en avril 2013 aux Etats-Unis de complot de narco-terrorisme avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), ce dont il se défend.

Son inculpation était intervenue quelques jours après l'arrestation par des agents anti-drogue américains de l'ex-chef de la Marine bissau-guinéenne, José Américo Bubo Na Tchuto, et de plusieurs complices présumés, dans les eaux internationales ouest-africaines.

Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, il devra composer avec une armée toute puissante et pléthorique, héritage de la guerre de libération contre le Portugal que les différents régimes en place depuis 40 ans ont vainement tenté de réformer.

L'armée a apporté son soutien à un candidat indépendant, Nuno Gomes Nadiam, un proche de Kumba Yala.

Ces élections "ne sont qu'une première étape dans la transition et les problèmes de fond qui minent la stabilité demeurent", selon un récent rapport d'International Crisis Group (ICG).

La sécurité des élections pour lesquelles 750.000 personnes sont appelées à voter, sera assurée par 4.200 soldats bissau-guinéens et ouest-africains. Elles seront surveillées par 550 observateurs internationaux et un second tour est prévu le 18 mai si aucun candidat ne l'emporte dès dimanche.

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