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Démolition d'un immeuble historique au coeur de Paris: le suspense continue

11/04/2014 11:01 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

La justice française a entretenu le suspense sur la démolition, au coeur du vieux Paris, d'un immeuble historique de l'ex-grand magasin La Samaritaine, en renvoyant vendredi l'affaire au 29 avril.

Le groupe de luxe LVMH, appartenant à l'homme le plus riche de France, Bernard Arnault, a acquis ce grand magasin fondé en 1870 par Ernest Cognacq, pour le rénover entièrement: un projet impliquant un investissement de 460 millions d'euros et la création de 2.100 emplois.

Mais aussi, en pleine rue de Rivoli, la démolition controversée de quatre immeubles datant de 1852 et leur remplacement par une structure métallique neuve, habillée d'une façade de verre ondulée et sérigraphiée, conçue par l'agence japonaise Sanaa.

Ce qui a poussé deux associations, la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF) et SOS Paris, à attaquer le projet en justice et la Commission du Vieux Paris à donner un avis défavorable.

"L'affaire a été renvoyée (au 29 avril) en formation collégiale par le juge des référées", a annoncé vendredi le Tribunal administratif de Paris.

"C'est plutôt une bonne nouvelle", a dit à l'AFP le vice-président de la SPPEF, Julien Lacaze. "Ce type de formation peut tout remettre en cause: ils peuvent rejuger l'affaire", a-t-il dit, en soulignant que "l'avenir des constructions dans Paris" était en jeu.

- les travaux continuent -

De son côté, une porte-parole du groupe de luxe LVMH, interrogée par l'AFP, a souligné que "pour le moment, les travaux continuent", laissant entendre que les démolitions pourraient continuer aussi.

Trois des quatre bâtiments sur la rue de Rivoli, dont les façades datent de 1852 et sont situées à 100 m du musée du Louvre, ont déjà été démolis. Le quatrième, qui doit également disparaître, accueille la "Maison du Projet" de La Samaritaine, où une maquette mobile est désormais exposée.

"Nous allons nous battre pour cet immeuble", a dit Julien Lacaze.

Témoins de l'entrée, le 2 décembre 1852, de Louis-Napoléon Bonaparte à Paris, ces façades "pré-haussmanniennes" sont rares, selon les associations car elles précèdent les grands travaux confiés en 1853 par l'Empereur au baron Haussmann.

Elles marquent aussi une transition entre la partie occidentale de la rue de Rivoli, de la place de la Concorde au Musée du Louvre, percée de 1806 à 1835, et la partie orientale, percée sous le Second Empire.

"On ne pouvait pas garder ces façades", a expliqué à l'AFP la directrice générale de La Samaritaine, Marie-Line Antonios, en dévoilant la maquette mobile du nouveau projet: commerces, hôtel de luxe, bureaux, logements sociaux, crèche.

La "Maison du Projet" est couverte de slogans: "Paris n'est pas un musée et a besoin de se renouveler", peut-on lire. Or, dans le Livre d'or, un visiteur se plaint de "la destruction d'éléments du passé" et un autre dénonce des démolitions de grande ampleur dans un quartier qui est "l'âme de Paris".

Mais le débat porte surtout sur l'impact du projet sur la rue de Rivoli.

"Ca va être une sorte de cube blanc avec une façade ondulée, alors que nous avons partout des façades droites", a dit Olivier de Monicault, 78 ans, président de SOS Paris. "On ne protège plus des monuments mais des ensembles", a-t-il fait valoir.

Marie-Line Antonios assure que la nouvelle façade "va se fondre dans le paysage", selon elle assez "hétérogène" de cette partie de la rue. "L'idée c'est de recréer le quartier", a-t-elle dit.

Pour Claude Praliaud, 47 ans, directeur de l'urbanisme de la Ville de Paris, dont le bureau domine le centre historique de la capitale, "cette opération est le reflet de la dynamique urbaine de Paris". "Au XXIe siècle, on va pouvoir apporter, nous aussi, notre touche de modernité, ce qui peut passer parfois par des démolitions".

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