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Venezuela : après deux mois de crise, gouvernement et opposition ouvrent un dialogue inédit

10/04/2014 09:17 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Souvent annoncé mais toujours retardé, un dialogue inédit entre gouvernement et opposition au Venezuela a enfin débuté jeudi après plus de deux mois de protestations anti-gouvernementales parfois meurtrières, sous la pression des alliés sud-américains de Caracas.

Le président socialiste Nicolas Maduro, dauphin du charismatique Hugo Chavez, a reçu avec sa garde rapprochée au palais présidentiel de Miraflores les principaux dirigeants modérés de la coalition d'opposition de la Table de l'Unité démocratique (MUD), dont sa principale figure, le gouverneur et deux fois candidat à la présidentielle Henrique Capriles.

Arraché par l'Union des nations sud-américaines (Unasur), ce dialogue inédit depuis l'accession au pouvoir de M. Maduro en avril 2013 vise à mettre un terme à plus de deux mois de protestations d'étudiants et d'opposants concernant l'insécurité, la vie chère, l'inflation et la répression policière dans ce pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde.

Les violences en marge des mobilisations ont fait officiellement 39 morts, la majorité par armes à feu, plus de 600 blessés et quasiment une centaine d'enquêtes ont été ouvertes contre des membres des forces de l'ordre soupçonnés d'atteintes au droit de l'homme.

En présence d'une délégation de trois ministres des Affaires étrangères de l'Unasur (Brésil, Colombie, Equateur) et du nonce apostolique au Venezuela, la réunion a débuté avec plusieurs heures de retard, peu avant 01H00 GMT.

- 'Pas un dialogue, un débat' -

Les échanges, a priori sous forme de prises de parole, sont retransmis en direct sur toutes les radios et télévisions du pays.

Comme de coutume dans ce pays extrêmement polarisé entre partisans et opposants au modèle "chaviste", les marques de défiance ont toutefois continué de fuser dans les deux camps tout au long de la journée.

"L'opposition ne voulait pas s'asseoir pour parler (...), il était important que l'opposition revienne sur le chemin démocratique et constitutionnel", a par exemple déclaré M. Maduro, qui n'a de cesse de fustiger les "fascistes" et les "pustchistes".

Le député Julio Borges, du parti d'Henrique Capriles Primero Justicia, l'un des principaux de la MUD, a lui indiqué n'avoir "aucune confiance dans le gouvernement".

"Nous ne l'appelons pas dialogue, ce qui va se dérouler est un débat", a-t-il nuancé, estimant que "maintenant plus que jamais, les manifestations pacifiques et constitutionnelles sont nécessaires pour faire pression pour parvenir à un changement radical et démocratique".

"Un des facteurs qui a incité (le gouvernement) à entamer un dialogue à tout prix" est "probablement la pression internationale" due à "la mauvaise image croissante (des autorités) générée par la répression des manifestations", a estimé pour sa part pour l'AFP le politologue John Magdaleno.

- Issue incertaine -

Promis depuis des semaines par les autorités, ce "dialogue" n'avait jamais pris forme, l'opposition refusant notamment de participer à "une farce" et "un monologue" tandis que Nicolas Maduro, faisant mine de tendre la main d'un côté, emprisonnait des opposants de l'autre.

Deux maires et le dirigeant du parti Voluntad Popular (droite), Leopoldo Lopez, accusés notamment d'attiser les violences, sont ainsi détenus depuis plusieurs semaines. Et ce parti ne participe pas à la rencontre à Miraflores.

"Nous ne croyons pas en un +dialogue+ où le régime fait un show politique en se servant des ministres de l'Unasur comme interlocuteurs", avait prévenu mardi Volonté Populaire.

Bien que la légitimité de l'Unasur a été remise en question par des membres de l'opposition radicale, qui lui reproche une trop grande proximité avec Caracas, le chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz a estimé au contraire ces derniers jours que "ce sont les amis extérieurs qui peuvent contribuer" à apaiser la situation dans "un pays frère".

L'issue de ce "dialogue" laisse toutefois "sceptique" l'analyste John Magdaleno, pour qui tout dépendra de l'agenda des discussions, sur lequel les parties peinent encore à s'accorder.

Le gouvernement propose un plan de pacification du pays et de développement économique, l'opposition insite elle sur une loi d'amnistie pour les manifestants poursuivis et le désarmement des "collectifs", des groupes de civils armés soupçonnés de proximité avec le "chavisme".

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