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La crise en Ukraine au coeur des discussions du G20

10/04/2014 10:00 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

La crise en Ukraine était vendredi au coeur des discussions entre pays développés et émergents du G20 rassemblés à Washington, qui ont indiqué "surveiller" la crise dans le pays selon un projet de communiqué très prudent.

"Nous surveillons la situation économique en Ukraine, en étant attentifs à tous les risques pour la stabilité financière et économique", écrivent les ministres des Finances du G20 réunis depuis jeudi soir. Le communiqué officiel doit être publié aux alentours de 17H30 GMT.

Les ministres, dont le Russe Anton Siluanov, pouvaient difficilement faire l'impasse sur les troubles qui agitent l'ancienne république soviétique, où la situation reste extrêmement tendue, notamment dans deux grandes villes de l'Est russophone du pays.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dénoncé vendredi "l'incitation à des sentiments antirusses" qui "menace de manière évidente la stabilité européenne". Le président américain Barack Obama a lui dit qu'il fallait s'attendre à une "escalade".

La crise a servi de toile de fond à l'assemblée générale FMI-Banque mondiale qui se tient cette semaine à Washington.

Après avoir menacé Moscou de nouvelles sanctions, le secrétaire au Trésor Jacob Lew a exhorté vendredi la communauté internationale à prendre des "mesures immédiates" pour compléter le montant d'aide promis à l'Ukraine par le FMI et éviter un effondrement économique du pays.

Fin mars, le Fonds a donné son pré-accord pour une ligne de crédit allant de 14 à 18 milliards de dollars, tout en chiffrant les besoins de financement de Kiev à 27 milliards.

"Nous espérons que d'autres vont s'engager afin que nous n'ayons pas à débourser autant que 18 milliards", a expliqué vendredi le chef du département Europe du FMI, Reza Moghadam.

Dans le projet de communiqué, les grands argentiers du G20 estiment que la crise en Ukraine met en évidence le rôle du FMI comme "le premier recours mondial en cas de crise financière".

- Pas de remèdes miracle -

Sans surprise, le G20 Finances plaide également pour davantage de croissance sur le globe, s'engageant à prendre des mesures "concrètes et réalistes" en ce sens, selon ce même projet de communiqué.

A défaut de remèdes miracle, les grands argentiers du globe ont surtout insisté cette semaine sur les écueils à éviter pour ne pas freiner la croissance.

"L'activité mondiale reste déséquilibrée et les risques de dégradation sont toujours présents", déclaré M. Lew, assurant notamment être "préoccupé" par le faible niveau d'inflation dans la zone euro.

Le FMI a déjà appelé la Banque centrale européenne (BCE) à assouplir sa politique monétaire afin d'augmenter la masse monétaire et faire monter l'inflation.

Message reçu visiblement à la BCE, dont les représentants à Washington n'ont eu de cesse de répéter qu'ils étaient "unanimement prêts" à prendre des mesures.

Le membre du directoire de la BCE Benoît Coeuré a même fait un rare commentaire sur le taux de change de l'euro, qui a beaucoup monté cette semaine.

"Plus l'euro est fort, plus un assouplissement monétaire est nécessaire", a-t-il dit à la chaîne Bloomberg TV.

Les pays émergents ont, de leur côté, exhorté les Européens et les Américains à agir prudemment sur le volet monétaire afin de ne pas déstabiliser leur économie.

"Nous restons très préoccupés par l'impact négatif des perturbations des flux de capitaux et de la volatilité des taux de change qui résultent des changements potentiellement abrupts de politique monétaire dans certaines grandes économies avancées", a déclaré le G24, qui rassemble pays en développement et pays émergents.

Un autre thème s'est ajouté à leur état des lieux: le blocage de la réforme du FMI par le veto de fait des Etats-Unis.

Dans leur projet de communiqué, les ministres du G20 se disent ainsi "profondément déçus" de ce statu quo.

L'entrée en vigueur de cette réforme, qui doublerait les ressources du FMI et donne plus de voix aux pays émergents, est suspendue à une ratification parlementaire américaine, qui bute elle-même sur l'opposition des républicains.

"Pour certaines raisons, nous avons été un peu les victimes collatérales des sempiternelles différences que nous voyons en ce moment" entre l'administration Obama et l'opposition républicaine, a déploré la patronne du FMI Christine Lagarde.

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