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Kenya: l'opposition compare les rafles de Somali à une opération coloniale

10/04/2014 10:25 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Le principal parti d'opposition kényan a comparé jeudi des rafles "antiterroristes" au Kenya, touchant principalement la communauté somali, à une vaste opération de répression coloniale et à un terrible massacre commis par les forces de sécurité kényanes en 1984.

Entre 3.000 et 4.000 personnes ont été arrêtées dans le pays depuis le 4 avril, principalement à Nairobi dans le quartier d'Eastleigh, à forte population somalienne ou kényane d'ethnie somali, et retenus dans des postes de police ou des stades pour des contrôles d'identité et des interrogatoires. La très grande majorité a depuis été libérée.

"Nous désirons exprimer notre fort mécontement concernant les rafles en cours, qui ressemblent à l'Opération Anvil à l'époque Mau Mau ou à l'opération Wagalla dans les années 1980", a estimé Anyang' Nyong'ole, un des responsables du Mouvement démocratique orange (ODM) de Raila Odinga, principal adversaire malheureux du chef de l'Etat Uhuru Kenyatta à la présidentielle de mars 2013.

L'opération Anvil, lancée en 1954 par l'autorité coloniale britannique pour réduire l'insurrection Mau Mau, consista à consteller Nairobi de barrages, auxquels tous les autochtones d'ethnie Kikuyu, Embu ou Meru étaient arrêtés. Après des contrôles approfondis, ceux suspectés d'appartenir à l'insurrection - soit des milliers d'hommes, femmes et enfants - furent expédiés dans des camps hors de la capitale.

Le massacre de Wagalla est considéré comme l'une des pages les plus noires du Kenya. En février 1984, sous le régime autocratique et répressif de Daniel arap Moi, plusieurs milliers de Degodia - un clan somali alors en guerre contre un autre clan - furent raflés dans la région de Wajir (nord-est).

Emmenés sur une piste d'atterrissage, ils furent déshabillés et laissés plusieurs jours, couchés à plat ventre sur la piste brûlante, sans eau ni nourriture, battus, certains brûlés. Les survivants furent abattus. Le nombre exact des victimes de ce massacre est inconnu mais les ONG les estiment aux environs de 5.000.

"Nous ne pensons pas que les rafles systématiques de Somali soient la réponse" aux récentes attaques, attribués à des partisans des islamistes somaliens shebab, ayant visé le Kenya a poursuivi M. Nyong'ole.

Les autorités kényanes ont fermement démenti viser la communauté somali en particulier. "Nous ne combattons aucune religion ou communauté, nous combattons des criminels", a assuré M. Kenyatta.

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