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France: nouvelle interpellation d'un génocidaire rwandais présumé

10/04/2014 01:15 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

En pleine commémoration du 20e anniversaire du génocide au Rwanda et un mois à peine après une première condamnation en France aux assises pour ces crimes, la police française a de nouveau interpellé jeudi l'un des acteurs présumés des tueries.

Le Franco-Rwandais Claude Muhayimana a été arrêté à Rouen, dans le nord de la France, inculpé et écroué dans la nuit de mercredi à jeudi dans une enquête menée à Paris sur le génocide de 1994.

Cette arrestation survient alors que les relations entre la France et le Rwanda traversent une nouvelle crise, après des accusations du président rwandais Paul Kagame sur l'implication de la France dans le génocide qui a fait 800.000 morts.

Ce quinquagénaire est accusé par la justice rwandaise d'avoir activement "participé au massacre de l'église de Kibuye (ouest du Rwanda) le 17 avril 1994 où plusieurs milliers de tutsi ont été tués et dans un stade le lendemain (1.000 morts)", selon l'avocat du Rwanda, Gilles Paruelle.

Ancien chauffeur d'une guest-house de Kibuye, aujourd'hui employé municipal à Rouen, M. Muhayimana était réclamé par Kigali, mais sa demande d'extradition avait été refusée en février, après une décision de la cour de cassation fondée sur le principe de non-rétroactivité, selon lequel on ne peut être jugé pour une infraction non définie par la loi au moment des faits. Or le génocide n'est poursuivi au Rwanda qu'en vertu de lois datant de 1996 et 2004.

"Cela me paraît aberrant qu'il ait été placé en détention provisoire alors qu'il a des garanties de représentation. Je m'étonne beaucoup de l'activation de ce dossier en pleine commémoration du génocide au Rwanda", a réagi l'avocat de Claude Muhayimana, Me Philippe Meilhac.

L'enquête visant son client, qui a obtenu la nationalité française en 2010, fait suite à une plainte déposée début juin 2013 par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une organisation traquant les génocidaires présumés.

- Première condamnation en mars -

Son président Alain Gauthier, joint par l'AFP au Rwanda où se déroulent les manifestations commémorant le génocide, s'est félicité de cette interpellation: "Chaque arrestation faisant suite à l'une de nos plaintes est une grande satisfaction. Cela donne du poids à notre travail. Nous espérons qu'il sera maintenu en détention et qu'un nouveau procès pourra avoir lieu dans les prochains mois".

Le CPCR a également déposé plainte au pôle crimes contre l'humanité du tribunal de Paris contre Pierre Tegera, autre génocidaire présumé, dont la demande d'extradition a été rejeté jeudi par la chambre d'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence (sud), en vertu du même principe de non-rétroactivité de la loi.

"Cela ne veut pas dire que la cour est convaincue que vous n'êtes pas impliqué dans les faits qui vous sont reprochés", a cependant déclaré jeudi à Aix la présidente de la chambre Nicole Besset, s'adressant à M. Tegera, sous contrôle judiciaire depuis juillet 2013, à la suite d'un mandat d'arrêt du Rwanda de mars 2008.

Kigali accuse M. Tegera, 62 ans, aujourd'hui ambulancier à Nice, d'avoir été le "leader" de la milice interahamwe (extrémistes hutu, fers de lance du génocide, ndlr) dans les communes de Kibilira (nord), Kinigi (nord-est) et Ruhengeri (nord). Son nom figure dès 1993 dans le "Rapport de la commission internationale d'enquête sur les violations des Droits de l'homme au Rwanda" et il lui est reproché l'assassinat de 349 personnes.

Cet ancien ingénieur agronome, responsable du "programme pomme de terre" au Rwanda, proteste de son innocence: "il y a eu des bourreaux, des criminels, des génocidaires. Il faut les poursuivre, les punir. Mais je ne suis pas de ceux-là", a-t-il affirmé à l'issue de l'audience, se disant "vraiment soulagé" par la décision de la cour et décidé à prouver son innocence dans "un combat judiciaire".

Le 14 mars, pour la première fois, la justice française a condamné un Rwandais, Pascal Simbikangwa, pour sa participation au génocide. Il s'est vu infliger une peine de 25 ans de réclusion. Il a fait appel.

Une semaine plus tard, un autre génocidaire présumé, le Dr Charles Twagira, était écroué après son interpellation à Vire (nord). Près d'une trentaine de procédures judiciaires sur le Rwanda sont actuellement en cours au pôle génocide du tribunal de grande instance de Paris.

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