NOUVELLES

Croissance, déflation, Ukraine: l'économie mondiale en quête de solutions

10/04/2014 07:55 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Les grands argentiers du globe se sont retrouvés jeudi à Washington dans un climat obscurci notamment par la crise en Ukraine, qui suscite un regain de tensions entre Etats-Unis et Russie.

L'agenda semblait pourtant à première vue moins sombre que prévu pour les ministres des Finances des pays émergents et développés du G20, qui se réunissent dans la capitale américaine jeudi soir et vendredi, en marge des réunions du printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

Alimentées par le retour progressif à la normale monétaire aux Etats-Unis, les fuites de capitaux qui ont frappé certains pays émergents (Brésil, Turquie, Inde...) semblent s'être apaisées.

Autre signal encourageant: la réussite jeudi d'une émission obligataire de l'enfant terrible de la zone euro, la Grèce, privée d'accès aux marchés financiers depuis 2010. "La Grèce va dans la bonne direction" et son retour complet sur les marchés "se profile à l'horizon", a indiqué la directrice générale du FMI Christine Lagarde lors d'une conférence de presse.

Mais d'autres casse-tête ont émergé, au premier rang desquels une possible escalade de la crise ukrainienne. Moscou a publié jeudi une lettre de Vladimir Poutine à 18 dirigeants européens, dans laquelle il menace de "cesser totalement ou partiellement de livrer du gaz" à l'Ukraine.

Le secrétaire au Trésor américain Jacob Lew a quant à lui menacé Moscou de nouvelles sanctions en cas d'escalade lors d'une rencontre jeudi avec son homologue russe Anton Siluanov à Washington.

Les ministres des Finances des pays industrialisés du G7 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie et Japon) se sont également penchés sur la question, selon un communiqué aux termes très mesurés, qui préfigure du contenu du communiqué à venir du G20, attendu vendredi.

- De "généreux conseils" -

Ils ont ainsi dit avoir en particulier évoqué lors de leur "brève et informelle" réunion "les besoins de financement" de l'Ukraine qui a requis l'aide du FMI. Fin mars, l'institution a donné son pré-accord pour une ligne de crédit de 14 à 18 milliards de dollars et pourrait donner son feu vert définitif fin avril.

Mme Lagarde a assuré jeudi qu'elle n'envisageait pas un "échec", même si dans le passé deux programmes d'aide ont déjà capoté, faute de réformes suffisantes.

Le faible niveau d'inflation en Europe devrait également être au coeur des discussions ces prochains jours. Si la tendance s'aggrave jusqu'à se muer en déflation (une baisse prolongée des prix à la consommation), elle pourrait freiner l'activité et renchérir le poids de la dette sur des finances publiques encore fragiles.

Jeudi, le FMI a une nouvelle fois pressé la Banque centrale européenne de lancer des actions "non conventionnelles", s'inspirant de la Fed américaine, pour soutenir les prix.

"C'est une question de temps maintenant" et "le plus tôt sera le mieux", a souligné la directrice générale du Fonds, prenant le risque d'agacer la BCE, qui ne goûte guère ses "généreux conseils" pour reprendre une expression ironique de son président Mario Draghi.

Les pays du G20 devront également tenter d'ébaucher des pistes pour faire avancer l'objectif qu'ils se sont fixé lors de leur réunion à Sydney fin février: doper la croissance de deux points de pourcentage supplémentaires d'ici 2018.

"Peu de choses ont changé depuis Sydney", assure une source américaine, expliquant que les objectifs n'avaient pas varié.

La tâche s'annonce ardue. Le FMI prévoit une activité "molle" en Europe et craint que le potentiel de croissance de certains pays émergents n'ait "diminué" en raison de faiblesses structurelles, même si Mme Lagarde a jugé jeudi que les craintes d'un calage de ces économies était "exagéré".

Et les inégalités? En vogue au forum de Davos et dans les récents rapports du FMI, le thème semble avoir un peu disparu de l'agenda mondial, au grand dam de la société civile. "Le FMI comme la Banque mondiale ont admis les dangers liés à une explosion des inégalités, mais ils ne montrent aucune intention concrète de traiter le programme", a déploré jeudi dans un communiqué Nicolas Mombrial, de l'organisation de lutte contre la pauvreté Oxfam.

bur-jt/aue/mdm

PLUS:hp