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Réclamé par l'Argentine pour torture, Sandoval se dit victime d'une "chasse à l'homme"

09/04/2014 03:43 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

Le Franco-Argentin Mario Alfredo Sandoval, réclamé par l'Argentine pour des faits de torture, des rapts ou des meurtres commis pendant la dictature (1976-1983), s'est dépeint mercredi comme une victime d'une "chasse à l'homme", devant la cour d'appel de Paris qui examinait son extradition.

Pour le ministère public, l'avocat général Jean-Charles Lecompte s'est dit favorable à l'extradition de cet ancien policier pour l'enlèvement d'Hernan Abriata le 30 octobre 1976, évoquant des "témoignages précis". Cet étudiant, dont le portrait a été brandi en fin d'audience, ne devait plus jamais donner de signes de vie.

Le magistrat s'est en revanche opposé à une extradition pour les autres crimes reprochés par la justice argentine à M. Sandoval, 61 ans.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris rendra son avis le 28 mai à 14H00 (12H00 GMT). S'il était positif, il reviendrait au Premier ministre de prendre un décret d'extradition, susceptible de recours devant le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative française.

Au magistrat qui lui avait reproché son attitude "mutique" lors des précédentes audiences, M. Sandoval a répondu par un plaidoyer d'une heure et demie, dénonçant "une procédure entachée d'illégalité" visant à la "fabrication d'un coupable", usant du "mensonge", d'"acharnement", de "désinformation".

Les faits reprochés à ce petit homme sec, impassible, se seraient déroulés entre octobre 1976 et septembre 1979 à l'École de mécanique de la marine (Esma). De ce centre de torture emblématique de la dictature ont disparu quelque 5.000 personnes, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

"Je ne suis pas la personne que vous cherchez", a-t-il assuré, plaidant l'erreur sur la personne à l'intention des proches d'Abriata et d'anciens détenus de l'Esma présents dans la salle.

Le président Jean Bartholin lui a demandé ce qu'il faisait en Argentine à l'époque des faits. Il n'a pas répondu précisément.

"Une chasse à l'homme est lancée dont j'ignore le vrai mobile", a dit M. Sandoval, évoquant un complot: cet ancien consultant dans le domaine du renseignement, arrivé en France après la chute de la junte en 1983, fait état de contacts avec les Farc colombiennes, d'une participation à des discussions pour la libération d'Ingrid Betancourt, de liens avec le défunt président vénézuélien Hugo Chavez.

Pour l'Argentine, Me Sophie Thonon a balayé l'hypothèse de l'erreur sur la personne et l'argument de la non-rétroactivité. "Est-ce que la France va devenir, est en passe de devenir ou est devenue le refuge des grands criminels de masse de la deuxième moitié du XXe siècle?", a-t-elle demandé.

Environ 600 centres de détention clandestins ont été utilisés en Argentine, dans lesquels ont disparu la majorité des 30.000 victimes de la dictature, selon des chiffres d'ONG.

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