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Des milliards de dollars dépensés dans le monde pour des antiviraux jugés peu efficaces

09/04/2014 07:00 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT
AP
In this April 30, 2009 photo, a box of Tamiflu is seen in a Toronto health clinic. The World Health Organization says the number of drug-resistant cases of influenza is still low and isn't currently a significant risk to public health. (AP Photo/The Canadian Press, Darren Calabrese)

Les médicaments contre la grippe Tamiflu et Relenza sont peu efficaces, selon un groupe d'experts indépendants. L'analyse du groupe Cochrane, publiée dans le « British Medical Journal », remet en question les milliards de dollars dépensés à travers le monde pour établir des réserves de ces médicaments en cas d'une pandémie.

Un texte de Frédéric Zalac Twitter Courriel

Le Canada a versé plus de 180 millions de dollars pour le stockage de Tamiflu et de Relenza depuis 2004.

Ces médicaments sont administrés à ceux qui ont déjà contracté le virus de la grippe afin de les aider à guérir plus rapidement. Or, cette nouvelle étude démontre que les antiviraux ne réduisent la durée des symptômes de la grippe que d'une demi-journée et n'auraient un effet à peine plus prononcé que l'acétaminophène (Tylenol), un médicament en vente libre qui coûte beaucoup moins cher. De plus, le Tamiflu comporte des effets secondaires néfastes. Selon les chercheurs, le Tamiflu cause la nausée, le vomissement et le mal de tête. Il pourrait être associé, dans de rares cas, à des problèmes rénaux et à des effets neuropsychiatriques.

Les gouvernements ont décidé de stocker le Tamiflu en se fiant à des analyses financées par Roche qui suggèrent que son médicament peut réduire les hospitalisations et les complications dues à la grippe, comme la pneumonie et la bronchite. Les chercheurs du groupe Cochrane n'ont pas trouvé de preuves concluantes à cet effet.

« Les gouvernements ont dépensé des millions ou des milliards de dollars, pour des médicaments qui étaient très peu efficaces », dit la professeure en santé publique de l'Université de la Colombie-Britannique, Barbara Mintzes, qui a lu la nouvelle étude. « On peut vraiment se poser des questions si c'était une mauvaise dépense d'argent », conclut-elle.

Réunis à Toronto, les dirigeants des agences de santé publique du Canada disent qu'ils liront attentivement cette nouvelle analyse et d'autres études afin décider de l'avenir des réserves d'antiviraux. Selon le Dr Robert Strang, porte-parole du groupe et médecin-hygiéniste en chef de la Nouvelle-Écosse, des études par observation effectuées durant la crise du H1N1 en 2009 montrent que ces médicaments agissent bel et bien, particulièrement chez les patients à risque.

Le fabricant Roche dit être « en désaccord fondamental » avec les conclusions de l'étude du groupe Cochrane dont il remet en question la méthodologie. « Roche continue de s'appuyer sur la vaste quantité de données en faveur du Tamiflu et sur les décisions des agences de santé publique au niveau mondial », affirme la compagnie par voie de communiqué.

Un pas vers la transparence

L'analyse Cochrane repose sur les données complètes de 46 études cliniques, comptant un total de 24 000 patients. Elles ont été effectuées pour le compte de Roche et de GlaxoSmithKline, les fabricants respectifs du Tamiflu et du Relenza, mais plusieurs d'entre elles n'ont jamais été publiées. Ces études sont considérées plus fiables que des études par observations, car elles incluent des patients à qui on a administré un placebo afin d'établir une comparaison.

Le groupe Cochrane et le « British Medical Journal » ont fait pression pendant plus de trois ans pour arriver à convaincre les fabricants de leur remettre toutes les données non publiées. Après avoir d'abord essuyé un refus des fabricants, les chercheurs ont finalement obtenu les données convoitées l'année dernière.

Selon Barbara Mintzes, il s'agit d'une étape historique vers une plus grande transparence de l'industrie pharmaceutique. « C'est la première fois que nous avons une évaluation indépendante de l'efficacité et de la sécurité d'une classe de médicaments qui est basée sur toutes les données scientifiques », dit-elle. Les fabricants ne publient habituellement que la moitié des études cliniques qui sont menées pour mettre un nouveau médicament sur le marché. « Les compagnies ont tendance à publier les études qui montrent le meilleur côté de leur médicament », précise-t-elle.

Les membres du parlement européen ont voté la semaine dernière en faveur d'une loi qui forcera désormais l'industrie pharmaceutique à rendre publiques toutes les études cliniques effectuées sur le territoire européen. Il n'y aucun projet de loi en ce sens au Canada ou aux États-Unis.

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