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Centrafrique: des gendarmes de la force européenne à Bangui, tuerie en province

09/04/2014 01:04 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

Des gendarmes français, éléments précurseurs de la mission européenne en Centrafrique, ont commencé mercredi à patrouiller dans Bangui, tandis que des affrontements entre groupes armés ont fait 30 morts dans l'intérieur du pays.

Ces gendarmes mobiles français, destinés à faire partie de la mission européenne Eufor, ont commencé mercredi à patrouiller dans Bangui, encadrés par des soldats français de l'opération Sangaris, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Il s'agit de leurs premières sorties" dans la capitale centrafricaine, "55 gendarmes sont arrivés", a expliqué le colonel (bien colonel) François Guillermet, chargé de la communication de l'armée française à Bangui.

Les gendarmes, intégrés aux soldats français de l'opération Sangaris en attendant le déploiement officiel d'Eufor, ont commencé à patrouiller dans certains quartiers sensibles de la capitale centrafricaine, comme le PK5, une des dernières enclaves musulmanes de Bangui, dont les habitants sont assiégés par les anti-balaka, des milices armées à dominante chrétienne.

Vêtus d'uniformes bleu marine distincts des treillis militaires de l'armée française, les gendarmes étaient armés de fusils automatiques et circulaient à bord de véhicules 4X4 blancs.

L'opération militaire européenne en Centrafrique, dont le lancement a été annoncé le 1er avril, sera pleinement opérationnelle fin mai avec 800 hommes, selon le général français Philippe Pontiès, qui dirige la mission.

Elle sera notamment chargée de sécuriser l'aéroport et certains quartiers de Bangui, où les tueries de masse ont cessé depuis le début de l'intervention française en décembre, même si les explosions de violences restent courantes.

Parallèlement, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait adopter jeudi matin une résolution autorisant le déploiement en septembre d'environ 12.000 Casques bleus pour rétablir l'ordre dans le pays, ont indiqué des diplomates.

Le texte prévoit l'envoi de 10.000 soldats et 1.800 policiers censés assurer la relève des 6.000 militaires africains de la Misca, la force de l'Union africaine oeuvrant en Centrafrique au côté des 2.000 militaires français.

Le déploiement effectif de ces Casques bleus est fixé au 15 septembre mais la nouvelle mission pourra recevoir immédiatement une aide logistique (génie, moyens de transport).

- Une majorité de civils tués -

Le temps presse, selon le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. 20 après le génocide du Rwanda, il avait appelé samedi, au cours d'une visite à Bangui, la communauté internationale à se mobiliser pour empêcher la réédition d'un drame similaire en Centrafrique, livrée à "une épuration ethnico-religieuse".

Car exactions, pillages et meurtres n'ont pas cessé, surtout en province, et visent principalement la minorité musulmane, malgré le déploiement progressif des forces internationales dans l'ouest et l'est du pays.

Mardi, au moins 30 personnes, dont une majorité de civils, ont été tuées dans des affrontements entre miliciens anti-balaka et ex-rebelles Séléka dans la région de Dékoa, à 300 km au nord de Bangui, a-t-on appris mercredi auprès de la gendarmerie locale.

"Les anti-balaka ont attaqué tôt le matin les positions des ex-Séléka (...) Mais les ex-Séléka ont fait appel à leurs compagnons d'armes basés à Kaga Bandoro qui sont arrivés dans quatre véhicules pour les appuyer. La plupart des victimes sont des civils fauchés par des balles perdues", a expliqué cette source.

"Les affrontements ont duré plus de quatre heures, faisant fuir les trois quarts des habitants" vers les localités voisines, a-t-elle précisé.

Largement affaiblis par l'intervention de l'armée française, une grande partie des ex-rebelles Séléka, mouvement majoritairement musulman au pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014, se sont depuis repliés dans les provinces du nord et de l'est de la Centrafrique, dont beaucoup sont originaires.

Quant aux milices armées "anti-balaka", au départ formées en réaction aux exactions perpétrées pendant des mois par les Séléka sur la population centrafricaine (composée à 80% de chrétiens), elles mènent des attaques répétées contre les anciens rebelles et les civils musulmans, qui fuient le pays en masse.

Selon l'ONU, la proportion des musulmans a chuté de 15% à 2% de la population totale de la Centrafrique depuis le début du conflit il y a un an.

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