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Catherine Leduc : l'affirmation d'une «Rookie»

09/04/2014 10:42 EDT | Actualisé 09/04/2014 10:42 EDT
Jean-François Cyr

MONTRÉAL - Le feu avait carrément pris dans Tricot Machine. Deux albums fortement appréciés du public, des tonnes de spectacles partout au Québec et des invitations sur de nombreuses tribunes. La belle affaire. Après 10 ans, la part féminine du populaire duo, Catherine Leduc, a décidé sans fracas ni fatras de tenter l’expérience solo. Sur les lignes de côté, elle propose Rookie, un disque doux qui se veut à la fois le symbole de sa singularité, mais aussi de sa « liberté ».

«Depuis 2004, j’ai toujours été impliquée avec Tricot Machine, raconte Catherine Leduc. Quelque 250 spectacles de toutes sortes ont découlé du premier disque. Ensuite est arrivée l’album La prochaine étape (sorti en mars 2010). Quand la tournée s’est terminée deux ans plus tard, j’ai commencé à travailler sur des chansons, sans trop connaître la motivation. J’avais seulement envie de voir ce que j’étais capable de réaliser par moi-même; de me faire une nouvelle peau.»

«Sauf que rapidement, j’ai eu envie d’accomplissement, précise-t-elle. Je sentais le besoin de retrouver mon nom et de m’assumer comme auteure-compositrice-interprète. Malgré les apparences, je n’étais pas vraiment le moteur de création dans le duo Tricot Machine, qui avait au fond quatre têtes. Je pense à mon chum, Mathieu Beaumont, son frère Daniel, qui collaborait aux paroles, et à David Brunet qui aidait à la réalisation.»

Ce projet solo de Leduc porte un titre évocateur : il souligne le nouveau départ, mais aussi l’incertitude, l’humilité et la fragilité. Depuis deux ans, Leduc s’est exercée à faire de son mieux sur dix chansons folk teintées de douceur, de rêverie et d’une plus grande maturité. Entourée d’Émilie Proulx à la basse, de Josianne Paradis à la batterie et de son éternel complice Matthieu Beaumont (claviers), elle a fouillé en elle pour faire à son image, à sa façon. Elle a sorti sa guitare, aussi, geste naturel qui a eu pour effet d’ajouter une couche personnelle supplémentaire.

«Je n’ai jamais eu l’intention de me séparer du talent de Mathieu. La motivation était ailleurs. Il a signé le préambule de l’album en plus du début et de la fin de la pièce Houston. L’affaire fuckée, c’est lui, lance en riant la sympathique chanteuse. Tout le reste, paroles et musique, c’est de moi. Cela dit, on a collaboré ensemble aux arrangements et à la réalisation.»

«Mais bon, l’élan vient de moi. Et c’est une énorme différence. J’en suis fière. C’est génial de découvrir que j’aime le travail d’auteure-compositrice […] Excepté la lap steel de Simon Trottier sur deux morceaux, c’est ma guitare qu’on entend. C’est l’élément qui diffère le plus de Tricot Machine, puisque le jeu au piano de Mathieu était très présent. J’ai mis aussi des synthétiseurs cette fois-ci. En général, c’est plus brut. En plus, l’approche est très live sur l’album. J’ai même laissé volontairement des imperfections. Aujourd’hui, cette musique ressemble davantage à ce que je suis comme artiste. Avec MON EX-PÉ-RIEN-CE (rires) et ma personnalité. »

De manière instinctive, Leduc a exploré les thématiques de la réussite et de ses revers (Pee-Wee BB), de la compétitivité, de cette idée d’être une femme de 38 ans dans un monde occidental extrêmement exigeant. Pour y parvenir, elle a d’ailleurs utilisé plusieurs métaphores sportives et musicales.

«Je raconte beaucoup de choses qui proviennent de mon expérience avec Tricot Machine (notons que le groupe est toujours vivant), affirme la chanteuse. J’y parle de ce métier de musicienne qui me confronte. Parmi les thèmes, je peux mentionner cette éternelle idée de gagner, d’être la meilleure. Cette maudite compétition! On doit faire des choses pour soi et non pour le résultat. Il faut dire que j’ai commencé à écrire les textes quand j’étais (aucunement comme athlète) aux Jeux olympiques de Londres. J’ai également abordé le sujet du vieillissement. Tout ça à travers les images d’animaux et d’analogie sportives. Pour moi, ce qui est important, c’est d’être unique.»

L’album Rookie (paru le 9 avril) prend ici tout son sens.

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