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Violentes accusations autour de la crise ukrainienne qui s'approfondit encore

08/04/2014 11:39 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Le ton est encore monté mardi autour de l'Ukraine, menacée d'éclatement, Kiev qualifiant les séparatistes pro-russes de "terroristes et criminels" et Washington accusant la Russie, qui a brandi le spectre la guerre civile, de semer "le chaos" chez son voisin.

Les Etats-Unis ont toutefois proposé des "pourparlers" à quatre, Ukraine/Russie/Union européenne/USA, pour sortir de la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide. Moscou a indiqué envisager de telles discussions, mais veut que les pro-russes y soient représentés.

En attendant, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé qu'il rencontrerait une nouvelle fois son homologue russe Sergueï Lavrov, la semaine prochaine en Europe.

Sur le terrain, le ton n'était pas à l'apaisement. Les "séparatistes" qui "prennent les armes, qui envahissent des bâtiments, seront traités comme (...) des terroristes et des criminels", a averti le président par intérim ukrainien Olexandre Tourtchinov.

Mais "les forces de l'ordre "ne prendront jamais les armes contre des manifestants pacifiques", a-t-il assuré.

Les pro-russes de Donetsk, qui contrôlent depuis dimanche le bâtiment de l'administration régionale et ont proclamé une "république souveraine", ne semblaient pas intimidés, renforçant les barricades défendant leur QG.

"Nous craignons tous un assaut des forces de l'ordre", explique à l'AFP Denis, jeune homme d'une vingtaine d'années, visage masqué et équipé d'une imposante batte de base-ball.

Un de leurs chefs, Vadim Tcherniakov, a réaffirmé qu'ils entendaient organiser avant le 11 mai un référendum sur l'éventuel rattachement de la région à la Russie et annoncé la formation d'un "gouvernement provisoire de la République du Donbass".

Les insurgés ne semblaient toutefois pas contrôler grand chose hors leur QG occupé, et les forces loyalistes ont annoncé avoir repris, sans victimes, le siège des services de sécurité (SBU) à Donetsk.

- 'Opération antiterroriste' -

Dans l'autre grand ville de l'est russophone, Kharkiv, les policiers appuyés par les forces spéciales "Jaguar" du ministère de l'Intérieur ont lancé une "opération antiterroriste" contre les centaines de manifestants pro-russes qui assiégeaient les locaux de l'administration locale à coups de cocktails molotov.

Trois membres des forces de l'ordre ont été blessés, dont un grièvement, et 70 activistes arrêtés, dont leur leader local, selon les autorités.

Des séparatistes tenaient toujours mardi le siège du SBU dans une troisième ville de l'Est, Lougansk.

Ces troubles font craindre un scénario "à la Crimée", péninsule ukrainienne de la mer Noire rattachée à la Russie en mars après un référendum non reconnu par Kiev et l'Occident qui dénoncent une "annexion".

D'autant que la Russie, dont le président Vladimir Poutine s'est engagé à protéger "à tout prix" les russophones de l'ex-URSS, a massé jusqu'à 40.000 militaires à la frontière ukrainienne, faisant craindre une invasion.

Moscou a appelé mardi les autorités ukrainiennes à cesser des préparatifs d'intervention dans les régions pro-russes de l'Est, "qui risque de déclencher une guerre civile".

La Russie affirme que 150 hommes d'une société privée américaine participent à cette opération, ainsi que des militants d'un groupe nationaliste ukrainien qualifié de "fasciste" par Moscou.

Kiev a démenti et le secrétaire d'Etat américain John Kerry répliqué en accusant la Russie d'avoir envoyé "des provocateurs et des agents" créer "le chaos" dans l'est de l'Ukraine.

- 'Erreur historique' -

Les autorités ukrainiennes provisoires en place depuis le renversement fin février d'un régime pro-russe accusent Moscou de vouloir "démembrer" leur pays ou au moins torpiller l'élection présidentielle prévue le 25 mai. D'autant que les favoris de ce scrutin sont des pro-européens, décidés à arrimer à l'Ouest une Ukraine de 46 millions d'habitants frontalière de plusieurs pays de l'Union européenne.

Face à ce brusque regain de tension, les avertissements se multiplient. Le chef de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a appelé mardi Moscou "à ne pas jouer l'escalade", estimant une nouvelle fois qu'une intervention russe serait une "erreur historique".

Américains et Européens brandissent par ailleurs la menace de nouvelles sanctions, économiques, contre la Russie en cas d'intervention armée en territoire ukrainien.

Le Fonds monétaire international a d'ailleurs mis en garde mardi contre les risques de contagion à l'économie mondiale de la crise, qui affecte déjà la Russie où les fuites de capitaux ont dépassé 50 milliards de dollars au premier trimestre. Notamment en cas de perturbations de la production ou du transport du pétrole ou du gaz.

C'est précisément pour tenter d'éviter une "guerre du gaz", aux conséquences potentiellement graves pour tout le continent, qu'Ukrainiens et Européens discutaient mardi à Bruxelles.

Moscou vient en effet d'imposer une augmentation-sanction de 80% du prix du gaz à l'Ukraine, que Kiev a refusée.

Or l'Ukraine assure le transit de plus de la moitié du gaz acheté par les pays de l'UE, qui cherchent donc les moyens d'assurer ses besoins en énergie.

bur-so/ml

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