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Turquie : Erdogan s'engage à régler son compte à son ennemi Gülen

08/04/2014 09:07 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Conforté par son triomphe aux élections municipales, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a promis mardi d'en finir avec son ennemi Fethullah Gülen, dans un climat politique toujours tendu marqué par l'agression de son principal opposant.

A l'occasion de la reprise de la session parlementaire, M. Erdogan s'est livré devant les députés de son parti à une nouvelle charge contre l'organisation du prédicateur musulman exilé aux Etats-Unis, à laquelle il a promis les foudres de la loi.

"Notre peuple a renouvelé sa confiance à notre gouvernement (...) notre peuple nous a donné l'ordre de lutter contre la structure parallèle", a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a déclaré la guerre à la confrérie de M. Gülen, qui vit aux Etats-Unis, depuis la révélation mi-décembre d'un vaste scandale de corruption qui éclabousse son gouvernement islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2002.

M. Erdogan accuse ce mouvement, très influent dans la police et la justice, d'être à l'origine de ces accusations et d'avoir, depuis plusieurs semaines, inondé internet de comptes rendus d'écoutes téléphoniques compromettantes.

"Ils ont illégalement mis sur écoute des milliers de personnes (...) tous les coupables seront poursuivis", a insisté mardi M. Erdogan, "l'histoire politique n'oubliera jamais cette lâcheté, ces attaques inhumaines, ces trahisons".

"Nous appelons tous ceux qui sont victimes de chantage (de la part de la confrérie de M. Gülen, ndlr) à nous informer de ces incidents", a-t-il ajouté.

Illustration de cette chasse aux sorcières, huit policiers, dont deux hauts gradés, ont été interpellés et placés en garde à vue mardi au cours d'un coup de filet à Adana (sud).

Les motivations de l'opération restaient confuses. Certains médias turcs l'ont liée à l'affaire des écoutes pirates, d'autres à l'interception en janvier dans la région de camions escortés par des agents des services de renseignement (MIT) et transportant des armes qui auraient été destinées à des groupes rebelles syriens.

- Tension extrême -

Le Parlement turc doit précisément débattre mercredi d'un projet de loi très controversé qui renforce considérablement les pouvoirs du MIT, dont le patron, Hakan Fidan, est considéré comme l'un des plus fidèles soutiens de M. Erdogan.

"Ce texte sera discuté à partir de demain (mercredi) et sera assez rapidement adopté", a pronostiqué à l'AFP une source parlementaire.

Le projet, sur lequel le président Abdullah Gül a émis des réserves, doit autoriser le MIT à procéder à des écoutes en Turquie comme à l'étranger sans l'autorisation d'un juge et à disposer de tous les documents relatifs à la "sécurité nationale".

Toujours très irrité par les réseaux sociaux, M. Erdogan a encore dénoncé mardi l'arrêt de la Cour constitutionnelle qui l'a contraint à lever l'interdiction de Twitter.

"Ca ne sert pas la justice. Cet arrêt doit être corrigé", a-t-il fulminé, "tout le monde a bien compris que les entreprises internationales comme Twitter, YouTube et Facebook étaient utilisées comme des instruments pour attaquer la Turquie".

La plus haute instance judiciaire turque a infligé un camouflet au gouvernement en lui imposant mercredi dernier de lever l'interdiction de Twitter imposée deux semaines plus tôt pour enrayer la diffusion d'écoutes téléphoniques sur les réseaux sociaux.

La plateforme d'échange de vidéos YouTube était toujours interdite en Turquie, mais la Cour constitutionnelle devrait rapidement statuer sur cette mesure.

Signe de l'extrême tension politique qui continue de régner en Turquie, le chef du principal parti d'opposition, Kemal Kiliçdaroglu, a été agressé mardi dans les couloirs du Parlement par un homme présenté comme proche des milieux nationalistes.

"Nous ne reculerons pas à cause d'un coup de poing", a assuré M. Kiliçdaroglu avant d'appeler ses partisans à la "retenue".

Au terme d'une campagne très tendue émaillée par les scandales et les invectives, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a largement remporté le scrutin, s'ouvrant la voie de l'élection présidentielle d'août prochain.

BA/pa/sym

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