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Rwanda: hommage aux dix paras belges tués en 1994, symboles de l'apathie internationale face au génocide

08/04/2014 10:14 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

"Ca fait vingt ans, c'est à la fois énorme et (...) rien du tout, pour nous c'est comme si c'était hier", raconte, émue, Béatrice Bassine, veuve du caporal Bruno Bassine, l'un des dix paracommandos belges de l'ONU tués aux premières heures du génocide de 1994 au Rwanda.

Une brève cérémonie leur a rendu hommage mardi au Camp Kigali, ancien état-major de l'armée rwandaise où ils furent massacrés, ainsi qu'aux 12 civils belges et aux huit employés rwandais de l'ambassade de Belgique qui périrent avec environ 800.000 personnes, essentiellement issues de la minorité tutsi, durant le génocide au Rwanda.

La mort de ces dix Casques bleus, lynchés et tués aux premières heures du génocide sans qu'aucun renfort ne vienne à leur secours, semblait annoncer, comme un symbole, la future passivité de l'ONU face aux 100 jours de massacres.

Elles décidèrent surtout la Belgique à retirer ses troupes de la Mission de l'ONU au Rwanda (Minuar) dont elles formaient l'ossature, entraînant, mi-avril, au plus fort des massacres, l'évacuation de la quasi-totalité des quelque 2.500 soldats de l'ONU.

"Je pense que ce génocide était planifié" et que l'assassinat "de nos dix parents (...) était le déclencheur pour que nos troupes se retirent et laissent libre court au génocide", estime Béatrice Bassine, reprenant une thèse défendue par le général Roméo Dallaire, patron des Casques bleus au Rwanda à l'époque.

Un mémorial formé de dix stèles de pierre brute rappelle la mémoire des dix parachutistes. Chacune de ces dix stèles de pierre non polie, fleuries pour l'occasion, est gravée des initiales d'un défunt et striée du nombre d'années de son âge. Les dix parachutistes belges avaient entre 25 et 32 ans.

Béatrice Bassine se tient devant celle dédiée à son époux, marquée de 27 stries.

"Ils étaient venus dans ce pays, loin de chez eux, pour contribuer à la paix. Ils se sont soudain retrouvés piégés dans une explosion de haine et de violence", a rappelé le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, devant les proches des soldats, venus de Belgique, visiblement émus.

Derrière lui, la façade du bâtiment où s'étaient réfugiés les soldats est toujours trouée d'impressionnants impacts de balles, de même que les murs nus de l'intérieur de la pièce.

- "Lâcheté" de la communauté internationale -

Quelques heures après la mort du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'avion a été abattu le soir du 6 avril 1994 au-dessus de Kigali, les dix paras belges, envoyés protéger le Premier ministre hutu Agathe Uwilingiyimana, figure modérée, étaient désarmés par des militaires rwandais alors que leurs demandes de renforts restaient sans réponse.

Mme Uwilingiyimana fut tuée chez elle, les parachutistes emmenés au Camp Kigali, où une partie d'entre eux allait être lynchée par une soldatesque rwandaise en furie, qu'on avait convaincue que les Belges avaient abattu l'avion présidentiel. Les autres parvenaient un temps à se réfugier dans un local avec une arme de poing, avant d'être tués, une fois leurs munitions épuisés.

Douze civils belges, marié(e)s à un ou une tutsi ou "victimes de la propagande antibelge qui faisait rage à cette époque", périrent également durant les massacres, a rappelé M. Reynders.

Le ministre belge de la Coopération au Développement, Jean-Pascal Labille, a lui dénoncé "l'abandon de poste de la communauté internationale et de trop de responsables politiques" lors du génocide, mettant en cause "l'irresponsabilité" et "la lâcheté de certains" qui ont laissé "une population se faire massacrer pour sa soit-disant appartenance à une ethnie" et ont "abandonné nos soldats". La Belgique s'est excusée en 2000 pour avoir "abandonné" les Rwandais au plus fort des massacres.

Lundi le Rwanda a donné le coup d'envoi de 100 jours de commémorations du 20e anniversaire du génocide, au Stade Amahoro ("paix") de la capitale. Après une cérémonie formelle, à la mi-journée, en présence de nombreux dignitaires étrangers, de nombreux Rwandais se sont retrouvés au stade lundi soir pour une veillée aux chandelles, empreinte d'émotion contenue.

Sous une pluie fine, au son d'une musique douce, des milliers de Rwandais - souvent rescapés ou proches de victimes - se sont recueillis, une bougie à la main, versant des larmes silencieuses, loin des cris et des pleurs incontrôlables, expressions de traumatismes enfouis, qui avaient marqué plus tôt la cérémonie officielle.

"C'est bon d'être avec d'autres gens, d'être dans mes pensées mais de me sentir soutenue par les autres", a expliqué Grace Kaligirwa, vieille dame ayant perdu plusieurs proches dans le génocide.

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