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Musulmans menacés en RCA : Paris favorable à des évacuations en "dernier recours"

08/04/2014 10:39 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

L'évacuation des civils musulmans menacés en Centrafrique, qui entérine de facto un nettoyage ethnique dénoncé par les ONG, "doit être un dernier recours", mais "l'urgence aujourd'hui, c'est de sauver des vies", a déclaré mardi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

"La France estime que le déplacement des populations doit être un dernier recours. Néanmoins, elle contribue à faciliter des évacuations ponctuelles, en accord avec les populations concernées, notamment dans les cas où leur sécurité et l'accès de l'aide humanitaire ne peuvent pas être garantis", a-t-il déclaré.

Jeudi dernier, le chef de l'opération militaire française Sangaris en Centrafrique, le général Francisco Soriano, s'était dit opposé à l'évacuation des populations musulmanes (19.000 personnes, selon l'ONU) menacées par les milices anti-balaka à dominante chrétienne.

"Ma réponse est claire : je m'y refuse. Notre rôle est de protéger les populations et de tout faire pour qu'elles puissent vivre là où elles ont toujours vécu", avait-il déclaré à la presse.

"Erreur majeure" et "décision inacceptable", avait réagi sur twitter le directeur urgences de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, Peter Bouckaert.

Plusieurs ONG ont dénoncé ces derniers mois un "nettoyage ethnique" en Centrafrique, où les musulmans sont tués ou contraints à l'exode par les anti-balaka.

Ces milices ont été initialement formées en réaction aux exactions commises par la Séléka, une coalition de rebelles musulmans qui avait renversé le président Bozizé en mars 2013, avant d'être chassée du pouvoir en début d'année. Mais les anti-balaka s'en prennent depuis des mois à la population musulmane, assimilée aux anciens rebelles.

Selon l'ONU, la proportion des musulmans a chuté de 15% à 2% de la population totale de la Centrafrique.

"L'urgence, aujourd'hui, c'est de sauver des vies", a souligné M. Nadal.

Quelque 2.000 soldats français et 6.000 militaires africains sont déployées en Centrafrique sous mandat de l'ONU avec pour mission de restaurer l'ordre et la sécurité dans ce pays plongé dans le chaos.

"L'objectif est de protéger les populations. Le constat d'échec, c'est celui de la réconciliation nationale, qui prend plus de temps", a-t-il reconnu.

cf/alc/sym

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