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"El Komander", chantre des narcos sous haute surveillance

08/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

Chantre des narcotrafiquants, "El Komander" entre en scène sous le scintillement des projecteurs, provoquant le délire de la foule. C'est l'une des nouvelles vedettes mexicaines du "narco-corrido", genre musical qui parle de drogues, d'armes, d'alcool et d'affrontements à la kalachnikov.

La trentaine enrobée, le crâne rasé, vêtu d'une veste en cuir et d'un pantalon militaire, Alfredo Rios a attiré ce soir d'avril quelque 5.500 personnes à Texcoco, dans la banlieue est de Mexico. Mais il ne pourra pas se produire le 11 du mois à Cuernavaca, à 90 km au sud de Mexico, où les autorités de l'Etat de Morelos ont interdit son spectacle pour "apologie de la violence".

Avec des chansons comme "L'exécuteur" ou "100 balles dans le blindage", M. Rios a eu droit l'an dernier à une amende de quelque 6.000 euros dans l'Etat du Chihuahua, l'un des épicentres de la guerre entre cartels de la drogue.

"Je ne fais l'apologie de personne, ma musique est seulement de la musique... Les paroles ne viennent pas de l'espace, ni de la planète Mars: c'est ce dont on parle, nous les Mexicains", dit l'artiste à l'AFP.

"Il est trop beau, j'adore ses chansons, toutes, les corridos forts et les romantiques. Je l'aime", s'extasie à son concert Rosario Martinez, 18 ans.

Ivan Pimentel, un commerçant de 31 ans, est accompagné de son fils de 10 ans. "On est des fanatiques des corridos et je ne sais pas pourquoi ils ont annulé le concert du Komander, ses paroles ne sont pas une menace. La menace est déjà présente dans les rues par elle-même".

- Garde rapprochée -

Ses musiciens portent les vêtements traditionnels des "charros" (cowboys mexicains), marqués de la lettre K en forme de fusil kalachnikov, surnommé au Mexique le "cuerno de chivo" (corne de bouc).

Alfredo Rios chante entouré d'une douzaine de gardes du corps, qui le serrent de près quand s'approchent des admirateurs.

La vie d'un chanteur de narco-corridos est dangereuse. Une cinquantaine d'entre eux ont été tués depuis 2006, année du lancement d'une offensive militaire contre les narcotrafiquants.

Au milieu de son concert, une bouteille de bon whisky à la main, "El Komander" lance à la foule: "Je cherche le plus bourré". Parmi les centaines de mains qui se lèvent il choisit un homme du premier rang, qui lève la tête et ouvre la bouche en entonnoir pour engloutir l'alcool.

Alfredo Rios a conquis sa célébrité en 2009 dans le cadre du mouvement "Alterado" (agité), plus cru que le narco-corrido traditionnel, et apparu dans l'Etat du Sinaloa (nord-ouest), berceau du narcotrafiquant légendaire Joaquin "El Chapo" Guzman, capturé en mars par les forces fédérales.

Dans un de ses clips récents, où il interprète "Mafia Nueva" (nouvelle mafia), Rios apparaît assis derrière un bureau couvert d'une petite montagne de poudre blanche qui a recouvert son visage et sa poitrine, ainsi que le revolver qu'il tient à la main.

Dans la discographie du "Komander" on peut trouver une chanson sur Nazario Morenos, "El Chayo", le chef des Chevaliers Templiers de l'Etat du Michoacan (ouest), récemment abattu par les forces armées.

Pense-t-il maintenant écrire une chanson sur Guzman après son arrestation, lui ont demandé les journalistes avant le concert? "Comme vont les choses en ce moment, je ne crois pas".

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