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Un prêtre jésuite néerlandais assassiné dans la ville syrienne de Homs

07/04/2014 09:55 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

Le jésuite néerlandais Frans van der Lugt, salué comme "un homme de paix" par le Vatican, a été abattu lundi devant sa maison dans la Vieille ville de Homs, où il était resté malgré la faim et les bombardements de l'armée syrienne.

Agé de 75 ans, le prêtre, qui résidait en Syrie depuis 1966, a été exécuté de sang froid par un inconnu, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le secrétaire de l'Ordre des Jésuite néerlandais, Jan Stuyt, a confirmé à l'AFP que le père van der Lugt avait été assassiné lundi matin. "Un homme est venu le chercher, l'a sorti de la maison et lui a tiré à deux reprises dans la tête, dans la rue, en face de sa maison", a-t-il expliqué.

Malgré les conditions de vie extrêmement difficiles et la pénurie de nourriture, le jésuite avait choisi de rester dans la Vieille ville de Homs, assiégée et bombardée depuis près de deux ans par les troupes de Bachar al-Assad, afin de témoigner sa solidarité à la population syrienne.

- 'Grand courage' -

"C'est ainsi que meurt un homme de paix, qui, avec un grand courage, a voulu rester fidèle, dans une situation extrêmement risquée et difficile, à ce peuple syrien à qui il avait donné depuis longtemps sa vie et son assistance spirituelle", a déclaré à l'AFP le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.

"Dans ce moment de grande douleur, nous exprimons aussi notre grande fierté et gratitude d'avoir eu un confrère aussi proche des plus souffrants", a-t-il ajouté.

On ignorait pour le moment les raisons de cet assassinat, et Jan Stuyt a dit ne pas savoir si le prêtre faisait l'objet de menaces particulières.

L'agence officielle syrienne Sana a rapporté sa mort en accusant un "groupe terroriste armé d'avoir tiré à l'aube sur le prêtre dans le monastère des pères jésuites dans le quartier de Boustane al-Diwane à Homs".

Le père van der Lugt, qui a passé près de cinq décennies en Syrie, sera enterré dans ce pays, "conformément à sa volonté", a souligné Jan Stuyt.

En février, le père avait confié à l'AFP via Skype qu'il considérait la Syrie comme sa patrie.

"Le peuple syrien m'a tant donné, tant de gentillesse, tant d'inspiration, et tout ce que je possède. Maintenant qu'il souffre, je dois partager sa peine et ses difficultés", avait-il expliqué.

- 'Arabe parmi les Arabes' -

"Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un Arabe parmi les Arabes", avait-il dit, un sourire aux lèvres.

Des dizaines de milliers de chrétiens qui vivaient dans la Vieille ville de Homs, il n'en reste que 66, avait alors dit le prêtre.

"Nous avons très très peu à manger. Les gens dans la rue ont le visage fatigué et jaune (...). C'est la famine ici mais les gens ont également soif d'une vie normale. L'être humain n'est pas seulement un estomac, il a aussi un coeur, et les gens ont besoin de voir leurs proches", expliquait-il.

Quelques jours plus tard, 1.400 personnes avaient pu être évacuées de la Vieille ville, en vertu d'un accord négocié par l'ONU entre le régime et les rebelles, qui contrôlent ce secteur, mais cet homme aux yeux vifs avait encore choisi de rester.

"Je ne vois pas les gens comme des musulmans ou des chrétiens, je vois d'abord un être humain", avait expliqué avant l'évacuation le prêtre, qui cherchait à aider les familles les plus pauvres, de toutes confessions.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Frans Timmermans a rendu hommage au prêtre, devenu "un Syrien parmi les Syriens" et qui "n'a amené que du bien à Homs". "Il doit pouvoir compter sur notre contribution pour mettre fin à cette misère", a-t-il lancé.

Un autre père jésuite, Paolo Dall'Oglio, symbole du dialogue entre chrétiens et musulmans, est porté disparu en Syrie depuis huit mois.

Prenant fait et cause pour l'opposition démocratique, dont il soutenait les revendications à la liberté, ce prêtre italien de 59 ans a été enlevé près de Raqqa (nord) le 30 juillet, alors qu'il était entré clandestinement dans le pays.

Depuis le début du conflit en mars 2011, plus de 150.000 personnes ont été tuées en Syrie, selon l'OSDH, et plus de neuf millions forcées à quitter leurs foyers, d'après l'ONU.

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