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Portugal: les investisseurs enthousiastes, la population nettement moins

06/04/2014 04:35 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

Le Portugal, au bord de la faillite en 2011, séduit à nouveau les investisseurs, grâce à une série de bonnes nouvelles sur le front économique, même si la population peine à ressentir les effets de cette embellie.

Déficit sous contrôle, taux d'emprunt au plus bas, retour de la croissance, chiffres record du tourisme ... sur le papier, les clignotants sont passés au vert, mais le taux de chômage, surtout celui des jeunes, et la pauvreté restent élevés.

Les investisseurs se ruent sur les titres de dette portugaise, et les taux à dix ans sont repassés en dessous des 4% après s'être envolés à plus de 18% au plus fort de la crise.

A quelques semaines de la sortie du pays de son plan de sauvetage, certains analystes rivalisent de superlatifs: "le Portugal est en voie de rééditer l'exploit de l'Allemagne, ancien homme malade de l'Europe devenu champion de la croissance", s'enthousiasme ainsi Christian Schulz, de la banque Berenberg.

Cet optimisme n'est guère partagé par les économistes portugais qui suivent l'évolution du pays au quotidien: "lorsque l'on chute beaucoup, c'est normal de remonter après, il ne s'agit pas pour autant d'une croissance fulgurante", tempère Joao Cesar das Neves de l'Université catholique de Lisbonne.

Pour lui et bien d'autres experts, la situation reste encore très fragile: ainsi, la dette du pays frôle les 130% du Produit intérieur brut, et en cas de nouvelle crise de la zone euro, il serait parmi les premiers à se faire attaquer par les marchés.

Quant au taux de chômage, passé à 15,3% après un pic de 17,7% début 2013, c'est une baisse en trompe-l'oeil: une grande partie s'explique par l'émigration, aussi importante que pendant les années 60, et la résignation de nombreux demandeurs d'emploi qui ne pointent plus, sortant ainsi des statistiques.

"Pour moi, rien ne s'est amélioré. Il n'y a pas d'offres d'emploi, seulement des invitations à l'esclavage", se désole Ilidia Pinheiro, 47 ans, enseignante au chômage depuis un an et demi. "Certains centres d'études proposent 380 euros par mois pour un temps partiel, pensez-vous qu'on peut vivre de cela?".

- 'Matraquage d'impôts' -

L'interprétation des investisseurs est tout autre: "le gel des salaires et la flexibilité accrue des salariés ont rendu le marché du travail plus attractif. Le Portugal a les coûts du travail les plus bas d'Europe de l'Ouest", constate Christian Schulz.

Avant même la crise, en 2008, "une heure de travail au Portugal coûtait 12,2 euros, comparé à 27,9 euros en Allemagne et 31,2 euros en France", fait-il valoir. Depuis, les coûts ont encore baissé.

Revers de la médaille, près d'un Portugais sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, disposant d'un revenu inférieur à 409 euros par mois.

"Il n'y a plus de classe moyenne au Portugal, on nous matraque de taxes. C'est de pire en pire", fulmine Maria Ferro, une retraitée de 70 ans venue payer ses arriérés d'impôts dans une perception à Lisbonne.

Ce décalage entre l'embellie dans les chiffres et le ressenti des Portugais risque de durer encore: leur situation s'améliorera seulement "quand l'économie croîtra à un rythme supérieur à 2%, ce qui n'arrivera pas avant fin 2015", prévient Pedro Lino, analyste de Dif Broker.

Pour cette année, le gouvernement prévoit une croissance de 1,2%, après une récession de 1,4% en 2013, moins sévère que redouté.

Autre signe encourageant, le déficit public a été ramené à 4,9% du PIB, bien en dessous des 5,5% exigés par les créanciers du Portugal.

Cette marge pourrait permettre au gouvernement de desserrer quelque peu la bride de l'austérité pour ne pas étouffer la reprise.

"Pour les Portugais, c'est difficile d'avoir de l'espoir car leur quotidien est marqué par des sacrifices", reconnaît le ministre délégué au Développement régional, Miguel Poiares Maduro. "Mais le pire est passé", promet-il.

bh/abk

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