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Les pro-Russes font la loi à Kharkiv dans l'est de l'Ukraine

06/04/2014 08:43 EDT | Actualisé 06/06/2014 05:12 EDT

Submergés par une foule pro-russe, des manifestants pro-européens ont été contraints à s'agenouiller dimanche dans les rues de Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, où la tension ne cesse de croître.

"Rampez jusqu'à votre Europe !", hurlait cette foule à l'adresse d'un petit groupe d'Ukrainiens pro-européens, à l'issue de manifestations pacifiques des deux camps qui ont eu lieu dans cette ville, située à quelque 40 km de la frontière russe.

La foule bruyante chantait "Kharkiv est une ville russe !" tout en persécutant ce petit groupe terrifié, contraint d'avancer sur les genoux tout au long d'une étroite rue pavée, protégé par un cordon de policiers qui n'ont toutefois pas fait grand chose pour mettre fin à leur humiliation.

Frappés, injuriés et couverts de crachats ce petit groupe a finalement été embarqué dans un véhicule de police, sombre illustration de la tension persistante dans cette ville de l'est de l'Ukraine où une grande manifestation s'était pourtant déroulée sans heurts dimanche sur la place de la Liberté, l'une des plus grandes d'Europe.

Les mouvements pro-russe, horrifiés par les événements à Kiev où un gouvernement pro-occidental a pris le pouvoir en février, réclament leur autonomie.

- "Nous avons besoin d'un Etat fédéral" -

Les russophones dans l'est de l'Ukraine se sentent davantage liés à la Russie et militent pour un Etat fédéral, conformément aux demandes exprimées par Moscou.

Ces exigences font suite à la prise de contrôle de la Crimée par la Russie, après le renversement du gouvernement pro-russe au pouvoir à Kiev.

"Ce nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir par la force", explique une mère de trois enfants, Emily Belkina, 31 ans, faisant mine de braquer un pistolet.

"Vous comprenez, avec des pistolets, et nous n'avons même pas un représentant dans ce nouveau gouvernement", ajoute-t-elle.

"Nous avons besoin d'un Etat fédéral, c'est la seule chose qui peut nous sauver", assure-t-elle encore.

"La fédéralisation signifie au moins plus d'autonomie et plus de pouvoir pour notre région, y compris le droit de vivre notre vie comme bon nous semble", explique de son côté Alexander, 32 ans, à quelques pas d'une immense statue de Lénine, signe de ralliement de quelques "babouchkas" (grand-mères), nostalgiques de l'Union soviétique, alors que résonnent des chants patriotiques russes datant de la seconde guerre mondiale.

A quelques centaines de mètres de là se dresse la statue du héros de l'Ukraine, le poète Taras Schevchenko, point de rassemblement bon enfant des pro-européens, aux allures de pique-nique familial avec musique, enfants et chiens jouant dans le parc situé à proximité.

- "Tous au conseil régional !" -

Mais la tension est rapidement montée après l'humiliation subie par quelques uns des ces militants pro-européens, et l'annonce de la prise par des sympathisants pro-russes du siège du gouvernement local à Donetsk, sans que la police ne s'y oppose.

"Tous au conseil régional ! apportons notre soutien à Donetsk et Lugansk" où une foule s'est emparée d'un bâtiment d'un service de sécurité, lance alors un homme à l'adresse de la foule rassemblée aux pieds de la statue de Lénine.

Le conseil régional, un imposant immeuble situé de l'autre côté de la place, est pourtant gardé depuis des heures par quelque 500 policiers anti-émeutes, lourdement équipés et formant une barricade infranchissable.

Alors que le soleil se couche derrière la statue de Lénine, projetant son ombre imposante sur la place, la foule grossit peu à peu. Un convoi de véhicules emmené par une Lada de l'époque soviétique fait une entrée bruyante sur la place, devant le conseil régional.

Au bout d'une heure, galvanisés par les succès obtenus à Donetsk et dans d'autres villes, et aux cris de "Russie, Russie", la foule s'en prend au cordon de policiers.

Ces derniers ont reçu l'ordre de ne pas faire usage de la force et s'écartent sans un mot, laissant le champ libre aux manifestants qui décrochent aussitôt le drapeau ukrainien pour le remplacer par celui de la Russie.

Deux conseils régionaux viennent de tomber entre les mains des sympathisants pro-russes en l'espace de quelques heures, alors que quelque 40.000 soldats russes stationnent de l'autre côté de la frontière: un véritable défi pour les autorités de Kiev.

fb/ob/jr

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