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Deux ministres français à Berlin pour défendre les choix budgétaires de Paris

06/04/2014 07:11 EDT | Actualisé 06/06/2014 05:12 EDT

Le premier voyage des nouveaux ministres français des Finances et de l'Economie s'annonce délicat: Michel Sapin et Arnaud Montebourg chercheront lundi à convaincre Berlin de la pertinence des choix budgétaires français.

Tout juste entré en fonction, le nouveau "tandem de choc", selon M. Montebourg, est inédit en France et calqué sur le modèle allemand. Lequel fonctionne dans une certaine harmonie, grâce à la stricte séparation des pouvoirs entre deux ministères confiés à des partis différents, voire adversaires.

A Berlin, le planning des deux ministres sera néanmoins séparé: M. Sapin verra dans la matinée son homologue, le conservateur Wolfgang Schäuble, avant une conférence de presse. M. Montebourg rencontrera lui des chefs d'entreprises et des universitaires, avant un entretien avec le social-démocrate Sigmar Gabriel.

La visite à Berlin est un passage obligé pour tout locataire de "Bercy", le ministère français des Finances. C'est le premier déplacement qu'avait fait le précédent détenteur du poste, Pierre Moscovici, en 2012.

La situation était alors délicate, après une campagne présidentielle de François Hollande offensive sur la croissance. Elle le sera tout autant lundi.

M. Sapin a provoqué des remous en Allemagne, pays très attaché à la maîtrise budgétaire, en annonçant son intention de "discuter" du "rythme" de la réduction des déficits français. Il assure toutefois dans l'hebdomadaire Journal du dimanche qu'il ne va pas à Berlin pour "demander des délais".

Son entourage précise que "c'est à Bruxelles que ces discussions doivent être menées", tandis que lundi il s'agira d'approfondir la relation avec M. Schäuble, de promouvoir le "Pacte de responsabilité" de François Hollande (baisses de charges, réduction des dépenses) et d'aborder d'autres thématiques (taxe sur les transactions financières, union bancaire).

Selon la même source, le mot "déficit" n'a pas été prononcé vendredi dans un entretien téléphonique entre MM. Sapin et Schäuble, qui s'est déroulé en français.

Mais il sera dans tous les esprits lundi. Plus personne ne croit que Paris, qui a déjà obtenu deux délais pour ramener son déficit public sous la barre de 3% du Produit intérieur brut, y parviendra comme promis l'an prochain. La France a réduit son déficit l'an dernier, mais il reste à un niveau élevé, de 4,3% du PIB.

Les Allemands sont aussi sur leurs gardes face à M. Montebourg, connu pour avoir comparé Angela Merkel à l'autoritaire chancelier prussien Bismarck, et qui veut "changer l'Europe".

- Pas de bidouillage -

Le changement ne peut se faire qu'avec la bénédiction de Berlin, et cette dernière n'est pas acquise.

"Nous faisons confiance à la France pour respecter ses engagements, elle est consciente (...) de sa responsabilité dans le fonctionnement du Pacte" de stabilité, traité fixant les contraintes budgétaires en zone euro, a averti vendredi le porte-parole de Mme Merkel.

Jens Weidmann, président de la très stricte banque centrale allemande, a lui affirmé: "Il faut que la Commission européenne fasse respecter les règles de manière stricte, et qu'elle soit soutenue".

Le commissaire aux Affaires européennes, Olli Rehn, a déjà appelé à "ne pas bidouiller" les règles.

La France et l'Allemagne ne s'en étaient pas privées en 2003: Paris et Berlin, tous deux en "déficit excessif", étaient passés en force pour assouplir les contraintes budgétaires.

Mais le contexte a changé. L'Allemagne affiche un excédent public et les nouvelles règles en zone euro menacent de sanctions "quasi-automatiques" les mauvais élèves.

Ces sanctions de la Commission ne pourraient être levées que par le vote d'une "majorité qualifiée" d'Etats. En d'autres termes, la France ne sera à l'abri que si elle rallie à sa cause de nombreux pays dont les plus grands: l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie dont le chef de gouvernement Matteo Renzi séduit à Paris avec ses ambitieux plans de relance.

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