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A Simféropol, une poignée de militants pro-Ukraine défie toujours Moscou

06/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

Ils sont activistes, journalistes ou représentants des minorités: malgré la pression de Moscou, une poignée de militants pro-Ukraine s'active toujours à Simféropol, capitale de la Crimée, trois semaines après le référendum controversé qui a rattaché la péninsule à la Russie.

Ruslan Zuev a beau être court sur pattes et un peu grassouillet, monter sept étages à pied, redescendre les bras chargés de cartons, et recommencer ainsi dix fois de suite ne lui pose aucun problème. Voilà un mois que ce pasteur ukrainien - converti par des baptistes américains en 1991 - s'est improvisé déménageur.

Depuis le début de la crise en Crimée, il assiste les soldats ukrainiens qui quittent la péninsule. "J'en ai suivi au moins 200. Je les aide à s'organiser, je gère le transport de leurs affaires", explique-t-il derrière ses petites lunettes rondes et sa casquette "Armée du Salut", dont il est le responsable dans la région.

Dans un froid glacial, de bon matin, il aide un colonel et sa famille à quitter leur domicile dans la banlieue de Simféropol. "Kiev ne fait rien pour eux, ils n'ont pas d'argent, pas d'aide pour partir", peste-t-il, essoufflé, en entassant des paquets sur le trottoir.

Il se dit motivé par "l'amour de son pays", mais doit affronter à chaque fois la population pro-Russe locale: "Ils nous demandent ce qu'on fait là et pourquoi on aide les soldats. Certains prennent des photos."

"Ce que nous faisons est dangereux", assure-t-il, racontant les contrôles dont il est régulièrement l'objet, ou son agression par des miliciens pro-russes près d'une base ukrainienne. Il craint désormais le FSB, les services de renseignement russe, héritiers du KGB.

Menacés ou même kidnappés, la plupart des activistes de Crimée ont déjà quitté la péninsule. Des journalistes locaux et étrangers ont également reçu des menaces, ou se sont fait détériorer leur matériel.

-Journalistes 'blacklistés'-

"On sait bien qu'on est regardé !", balaye en souriant Anna Shaïdourova, dans les locaux du "Centre pour le journalisme d'investigation", un site d'information criméen opposé à Moscou.

Cette jeune journaliste aux immenses yeux verts "ne parle pas de tout au téléphone", où elle entend parfois un "étrange écho".

Début mars, elle a vu débarquer dans sa rédaction des miliciens pro-Russes venu mettre la pression. Elle se rassure: "Nous sommes le dernier portail d'opposition. Si on nous fermait, ce serait trop."

Mais les journalistes du site, dont la fréquentation a explosé ces dernières semaines, sont "blacklistés", dit-elle. Le service de presse du Parlement de Crimée refuse désormais de les accréditer et leur raccroche au nez.

"C'est devenu plus dangereux de travailler ici", soutient sa collègue Natalya Kokorina, chemisier à fleurs, jeans et talons compensés. "Mais nous sommes indépendants et notre priorité, c'est de dire la vérité".

La vérité de cette jeune femme de 25 ans, qui arbore un drapeau ukrainien sur son bureau ? "La Crimée subit une occupation et on le dit !"

Dans une salle du Majlis, le parlement des Tatars de Crimée, une minorité musulmane de la péninsule déportée sous Staline à l'époque soviétique et opposée à la Russie, le discours d'Abdurahman Eguiz est tout aussi tranché: "Le gouvernement de Crimée est criminel, illégal en Ukraine et il agit contre les lois internationales".

Ce trentenaire affable aux épais sourcils noirs, élu au Majlis depuis un an, représente une frange pro-occidentale de sa communauté."Je suis un de ceux qui disent que les Tatars ne doivent pas participer à ce gouvernement de marionnettes", se définit-il.

Signe de résistance: il refuse de parler russe dans les bâtiments officiels de Crimée et utilise l'ukrainien "parce qu'ici, c'est l'Ukraine".

Il dit ne pas avoir reçu de pressions des nouvelles autorités "pour l'instant", car la Russie "a quelque chose à prouver au monde". Mais il est certain que cela arrivera "quand tout sera sous son contrôle".

Les choses continuent d'avancer: cette semaine, les panneaux en ukrainien des rues de Simféropol ont commencé à être remplacés par des panneaux russes.

zap/so/jr

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