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Procréation assistée : quel sort pour les embryons surnuméraires?

05/04/2014 11:53 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

Un changement radical s'est produit dans le monde de la fertilité depuis l'instauration du programme public de procréation assistée en 2010 au Québec.

Un texte de Louise Beaudoin Courriel

Auparavant, on pouvait transférer plusieurs embryons à la fois dans l'utérus dans l'espoir qu'au moins un d'entre eux se rende à terme. Toutefois, les risques associés aux grossesses multiples étaient importants (naissances prématurées et hospitalisations prolongées).

En défrayant les coûts liés à la fécondation in vitro pour les couples infertiles, le programme québécois impose le transfert d'un seul embryon pour éviter les grossesses multiples.

Avec cette politique de transfert d'embryon unique, le nombre d'embryons humains congelés est appelé à croître dans les cliniques.

Lors d'une fécondation in vitro, on prélève chez la femme une cohorte d'ovules qui seront fécondés et placés en incubateurs. Parmi ceux qui se développent normalement, un seul sera transféré, les autres qu'on appelle « surnuméraires » seront congelés. Ils seront utilisés si le couple désire un deuxième enfant ou si la première implantation n'a pas réussi.

Cette congélation est au cœur du programme public de procréation assistée, indique le Dr Jacques Kadoch, médecin spécialisé en fertilité. Il travaille à la clinique de procréation assistée du CHUM et à la clinique OVO.

La vitrification

On ne parle pas ici de congélation ordinaire, on parle d'une congélation ultrarapide, instantanée : la vitrification. Cette technique, utilisée depuis quelques années, améliore les chances de survie des embryons congelés. La vitrification empêche la formation de cristaux à l'intérieur des cellules des embryons.

L'embryon, fixé sur une petite paille, est plongé très rapidement dans l'azote liquide à moins 196 degrés Celsius. Il reste disponible pour une utilisation sur une très longue période.

On estime qu'il y aurait plus d'un million d'embryons congelés à l'échelle mondiale. Au Québec, il y en aurait plusieurs milliers.

Consentement des géniteurs

Avant de commencer un processus de fécondation in vitro, on présente au couple un formulaire de consentement à l'utilisation de ses futurs embryons. Une fois le projet parental terminé, le couple a le choix de les donner pour l'amélioration des techniques de procréation assistée, de les détruire ou de les conserver. Chaque année, le couple doit contacter la clinique pour manifester sa volonté quant au sort de ses embryons congelés.

« Il faut penser à des situations particulières, comme le décès d'un des deux conjoints, il peut y avoir une séparation, donc il y a plusieurs choses qui peuvent se passer. Il faut pouvoir y penser dès le départ et un couple qui vient pour un bébé ne pense pas forcément à toutes ces possibilités, et peut être un peu surpris quand on aborde ces sujets au moment de la signature du consentement », estime le Dr Kadoch.

« Mais c'est quand même important de le faire parce qu'autrement on risque de se retrouver avec une multitude d'embryons sans qu'on puisse les détruire, sans qu'on puisse les utiliser et qui seraient là pour toujours », ajoute-t-il.

Qu'arrive-t-il des embryons que personne ne réclame au bout de plusieurs années? Selon le programme québécois de procréation assistée, « en l'absence de contact de la part des personnes visées pendant plus de cinq ans, un centre de procréation assistée peut conserver, donner, céder ou éliminer les embryons de ces personnes d'une manière acceptable sur le plan éthique et reconnue par le ministre ».

Toutefois, dans les faits, aucune clinique ne voudrait prendre la responsabilité de disposer des embryons sans le consentement des géniteurs.

Bombe à retardement

Doctorante en bioéthique, Stéphanie Côté s'intéresse au sort des embryons surnuméraires. La majorité des couples qu'elle a interrogée ne veut pas se faire imposer une limite de temps de conservation.

Mme Côté pense qu'on doit quand même se poser la question : « Certains vont le voir comme une bombe à retardement. Ainsi, on sait que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec prévoit la mise en place d'infrastructures qui vont permettre entre 8000 et 10 000 cycles de FIV annuellement, donc si on se rappelle qu'il y a entre trois et cinq embryons qui sont congelés, on tombe à quelques dizaines de milliers d'embryons par année qui s'ajoutent dans les cryopréservateurs », dit-elle.

Certains pays d'Europe imposent des limites de conservation variant de 2 à 10 ans. Depuis le premier bébé-éprouvette, né en Angleterre il y a 35 ans, la science a fait de grandes avancées dans le domaine. Cela a permis de réaliser le rêve des couples infertiles, mais ce miracle de la science a aussi fait naître bien des questions qu'on n'avait pas anticipées au départ.

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