NOUVELLES

Les Afghans ont commencé à voter dans le calme pour la présidentielle

05/04/2014 12:44 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

De Kaboul à Kandahar, les Afghans ont commencé samedi matin à voter dans le calme, malgré les menaces, pour choisir le successeur du président Hamid Karzaï, qui aura la lourde tâche de guider le pays dans une ère nouvelle et incertaine.

Le premier tour de cette élection présidentielle a débuté à 07H00 (02H30 GMT) dans les quelque 6.000 bureaux de vote disséminés à travers le pays, notamment à Kaboul où les premiers électeurs ont bravé la pluie.

"Je suis venue voter pour quelqu'un qui peut apporter une paix durable au pays. Je veux que mon vote soit une claque au visage des talibans", y a déclaré Laila Neyazi, une femme au foyer de 48 ans couverte d'une burqa.

"Je n'ai pas peur des talibans, et je mourrai bien un jour de toute façon", a-t-elle philosophé.

Aucun incident notable n'était signalé une heure après le début du scrutin que les rebelles talibans ont juré de perturber par tous les moyens. Lors de la précédente présidentielle en 2009, ils avaient mené plusieurs attaques matinales qui avaient découragé des électeurs.

Samedi matin à Kaboul, des centaines de personnes faisaient la queue devant les bureaux de vote.

Idem à Jalalabad (est) et Kandahar (sud), deux des principales villes du pays, où la participation semblait aux premières heures supérieure à celle de 2009, selon des correspondants de l'AFP.

Le chef de l'Etat Hamid Karzaï a voté dans une école toute proche de son palais présidentiel ultra protégé. Il a appelé les Afghans à se rendre en masse aux urnes "malgré la pluie, le froid et les menaces ennemies" en ce "jour important pour l'avenir" du pays.

Cette toute première passation de pouvoir d'un président afghan démocratiquement élu à un autre est considérée comme un test majeur pour la stabilité du pays et la solidité de ses institutions, alors que le retrait des forces occidentales fait craindre qu'il ne retombe dans le chaos.

Huit candidats sont en lice pour succéder à M. Karzaï, seul homme à avoir dirigé ce pays pauvre et enclavé de quelque 28 millions d'habitants depuis la chute des talibans en 2001 et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Trois de ses anciens ministres se sont clairement imposés comme favoris: Zalmai Rassoul, considéré comme le candidat du président sortant, Ashraf Ghani, un économiste réputé, et Abdullah Abdullah, opposant arrivé en seconde position en 2009 lors de la précédente présidentielle. Tous ont voté dans la matinée à Kaboul.

- Les menaces: violences, fraude et abstention -

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

Face aux menaces des talibans, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans ont été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi.

Les rebelles, artisans d'une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les Américains, ont mené une série d'attaques sanglantes au cours de la campagne électorale. Mais ils ne sont pas parvenus à la faire dérailler et les candidats ont pu organiser de grands meetings politiques aux quatre coins du pays.

Plusieurs de leurs opérations ont néanmoins eu un fort retentissement, comme l'attaque de l'hôtel Serena, le plus luxueux de Kaboul, qui a fait neuf morts, dont quatre étrangers, ainsi que le journaliste afghan de l'Agence France-Presse (AFP) Sardar Ahmad, sa femme et deux de ses enfants.

Les violences ont également coûté la vie à deux journalistes étrangers: le reporter anglo-suédois Nils Horner, abattu en pleine rue à Kaboul le 11 mars, et la photographe de l'agence américaine Associated Press (AP), Anja Niedringhaus, vendredi dans l'est du pays.

Outre l'insécurité, deux autres menaces pèsent sur ce scrutin: la fraude et l'abstention, toutes deux massives en 2009.

Après les dernières attaques, des missions d'observation électorale étrangères ont décidé de quitter le pays, compliquant de facto le contrôle des fraudes.

Certes, les autorités électorale afghanes ont assuré que plus de 300.000 observateurs afghans (indépendants et représentants des candidats) devaient surveiller le vote et introduit de nouveaux dispositifs anti-fraude, comme de l'encre invisible appliquée sur le pouce des électeurs.

Mais "il est difficile d'imaginer une élection sans fraude", estimait dans un récent rapport Martine Van Bijlert, une experte du Réseau des analystes sur l'Afghanistan, basé à Kaboul.

Des fraudes massives, comme lors de la réélection de M. Karzaï en 2009, mineraient la crédibilité du scrutin et fragiliseraient le futur président dans un contexte déjà particulièrement difficile.

Il en est de même pour la participation. En 2009, seuls 30% des électeurs inscrits s'étaient rendus aux urnes.

bur-eg-emd/gl/jr

PLUS:hp