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Comment les députés luttent contre le cynisme

05/04/2014 05:45 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

Démagogiques, partisans, incapables de changer les choses, obnubilés par leur réélection; plusieurs qualificatifs collent à la peau des députés. Victimes de préjugés? Rencontre avec quatre députés sortants et aujourd'hui candidats.

Un reportage de Danielle Beaudoin Twitter Courriel

1. Qu'est-ce qui fait que vous méritez votre salaire à la fin de l'année?


Léo Bureau-Blouin

Il cite des mesures concrètes pour les citoyens de sa circonscription, prises à la suite de consultations publiques : 150 logements sociaux, deux nouveaux groupes de médecine familiale, des voies réservées. « Je suis convaincu, dit-il, que chaque mois, chaque année de salaire qu'on donne aux députés vaut la peine. Puis, au-delà de ça, c'est la passion qui est mise, l'énergie, la flamme, si on veut. »

Pierre Paradis

Il croit que les députés travaillent très fort, et pas pour le salaire : « Moi je le dis bien humblement, les heures qu'on y consacre, le degré de connaissances et de compétence qu'on se doit de manifester dans des dossiers qui sont d'une variété exceptionnelle, la disponibilité dont on doit faire preuve à l'endroit de nos concitoyens; je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de gens qui fassent ça.

Nathalie Roy

Elle travaille facilement six jours par semaine : « C'est un bon salaire, plus qu'honorable, plus que respectable, mais ce n'est pas un travail pour lequel on tire la "plug", comme on dit. Ce sont des horaires brisés, cassés à tout moment du jour, du soir, et la fin de semaine. »

Françoise David

Elle estime qu'elle fait beaucoup d'efforts pour les citoyens de sa circonscription : « C'est très important, on n'en parle très peu, mais ça fait partie du travail d'une députée. Je travaille fort pour les aider, et aussi parce que je travaille fort à l'Assemblée nationale à essayer de faire passer des idées progressistes, écologistes, féministes, etc. »

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* Propos recueillis dans la caravane de Québec solidaire

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2. Que faites-vous pour contrer le cynisme des électeurs?

Léo Bureau-Blouin

Il mise sur la proximité et la transparence, évoquant des assemblées publiques, une plateforme web de consultation citoyenne ou encore les réseaux sociaux. « Une partie du cynisme de la population vient du fait que souvent les gens ont l'impression que la politique, c'est derrière des portes closes. Quand on passe à un dévoilement proactif de l'information, ça permet de briser une grande partie du cynisme. »

Pierre Paradis

Il croit qu'il n'y a pas de cynisme en région : « Même si c'est une campagne électorale très sale qui se termine, je n'ai pas senti ce cynisme-là dans une région du Québec. Et j'en ai fait plusieurs. Si je regarde le taux de vote par anticipation, il y a une belle participation à la démocratie. Quand les gens sont cyniques habituellement, ils ne se donnent pas le trouble d'aller voter. »

Nathalie Roy

Elle dit vouloir « donner l'heure juste aux gens » : « Je pense que la seule façon de faire de la politique et de casser ce cynisme-là, c'est de regarder les gens dans les yeux et de leur dire la vérité. »

Françoise David

À cette question, Mme David a simplement répondu : « Je suis à Québec solidaire! »

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3. Comment faites-vous pour équilibrer la peur de perdre votre travail et la nécessité de prendre des décisions qui vont déplaire aux électeurs?

Léo Bureau-Blouin

Il croit que les députés sont élus pour prendre des décisions dans l'intérêt commun : « Je pense que c'est ce qu'on attend de nous, décideurs, et que la clé pour présenter des décisions impopulaires, c'est d'expliquer aux gens quel a été le processus décisionnel. Chaque décision a été mûrement réfléchie, analysée, commentée. »

Pierre Paradis

Il estime travailler pour le bien commun et ne « pense jamais à ça » (la peur de perdre son travail) : « J'agis suivant ma conscience, puis je suis conscient que c'est un métier qui est précaire. Je pense que la durée moyenne d'un député à l'Assemblée nationale, c'est six ans. Je suis béni des dieux, c'est ma 11e élection! »

Nathalie Roy

Elle n'est pas, dit-elle, une « vieille politicienne d'expérience qui part la cassette ». Elle a « un souci de dire la vérité aux gens », même si cela ne leur plaît pas. Par exemple : « Je me suis assise avec la présidente d'une commission scolaire, une femme pour qui j'ai énormément de respect. On a discuté ensemble et elle connaît la position du parti. Cependant, si elle a des problématiques avec les écoles, je vais tout faire pour l'aider. »

Françoise David

Madame David se définit comme une femme de principes, mais « toujours souple » dans leur application. Lors du débat sur la charte, elle savait que sa position n'avait pas l'appui d'une grande majorité des Québécois.

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4. Quel est le projet de loi pour lequel vous vous êtes battu corps et âme?

Léo Bureau-Blouin

- Le projet de loi 13 sur le vote étudiant dans les établissements postsecondaires (adopté)
M. Bureau-Blouin explique qu'il a travaillé particulièrement fort pour que ce projet de loi soit adopté : « Lorsque j'étais représentant étudiant, on faisait la promotion de cette initiative, ça n'avait pas fonctionné »

Pierre Paradis

- Le projet de loi 23 sur la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford (pas adopté)
M. Paradis affirme que c'est celui qui l'a le plus marqué, puisqu'il a décidé « en son âme et conscience » de défier la ligne de parti et de voter contre. « C'est difficile, parce que tu es le seul à se lever de ton côté. Il y toute une atmosphère à l'Assemblée nationale, t'es un peu ostracisé, sauf que tu peux te regarder dans le miroir et dire que t'as pris fait et cause pour tes électeurs, plutôt que de suivre la ligne de parti. »

Nathalie Roy

- Le projet de loi 14 sur la réforme de la Charte de la langue française (retiré)
Mme Roy rappelle que son parti était d'accord avec de nombreux articles du projet de loi péquiste, tandis que le PLQ l'a rejeté d'emblée. Elle a siégé à la commission parlementaire, où quelque 75 groupes sont venus donner leur avis. « Un travail de moine », se souvient-elle. Les négociations entre la CAQ et le PQ ont achoppé sur la question de l'accès des jeunes francophones aux cégeps anglophones. 

Françoise David

- Le projet de loi 14 sur la réforme de la Charte de la langue française (retiré)
Mme David déplore que ce projet de loi n'ait jamais été adopté, en raison, dit-elle, de l'obstruction du PLQ et de la CAQ. Elle soutenait ce projet de loi pour l'essentiel : « Parce qu'enfin un projet de loi reconnaissait que la bataille de la langue, elle doit se faire prioritairement dans les milieux de travail, enfin. Et ça, ça fait partie du programme de Québec solidaire depuis huit ans. »

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Le portrait du député québécois

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