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L'Inde donne lundi le coup d'envoi de gigantesques élections, les nationalistes hindous favoris

04/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

L'Inde donne le coup d'envoi lundi des plus grandes élections législatives jamais organisées dans le monde, pour lesquelles le dirigeant nationaliste hindou Narendra Modi est donné favori face au parti du Congrès de la famille Gandhi.

Après dix ans au pouvoir, le parti du Congrès est donné perdant par les sondeurs, éclaboussé par une série d'affaires de corruption et affaibli par le ralentissement de la croissance et la flambée de l'inflation.

Modi, le candidat controversé du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) au poste de Premier ministre, a mené sa campagne sous le signe de la relance de l'économie, promettant plus d'investissements et d'emplois.

"Depuis six mois, je parcours l'Inde pour parler de changer le futur de l'Inde, pour parler de développement, d'emplois des jeunes et de respect des femmes", a-t-il déclaré jeudi lors d'un meeting.

Le chef de l'exécutif de l'Etat du Gujarat (ouest) depuis 2001 est cependant une personnalité qui divise l'Inde depuis les émeutes intercommunautaires qui ont ensanglanté son Etat en 2002, faisant plus de 1.000 morts, essentiellement des musulmans.

Il n'a pas été mis en cause par la justice mais l'inaction des forces de l'ordre a été pointée du doigt.

Les sondages, qui sont à prendre avec précaution en Inde tant ils peinent à interroger un échantillon représentatif, donnent le BJP en tête mais prévoient que le parti nationaliste hindou n'obtiendra pas la majorité absolue des 543 sièges mis en jeu.

Une telle perspective le contraindrait à former une coalition avec plusieurs partis régionaux souvent dirigés par des leaders charismatiques parfois imprévisibles.

- Une économie au ralenti -

Défi logistique, le marathon électoral se déroulera en neuf étapes jusqu'au 12 mai pour permettre aux électeurs de déposer leur bulletin dans l'un des près d'un million de bureaux de vote du pays, des contreforts himalayens au sud tropical.

Pas moins de 814 millions de personnes sont appelées aux urnes, soit 100 millions de plus qu'en 2009, et la moitié de la population a moins de 25 ans. Le Times of India a calculé que l'Inde comptait plus d'électeurs que les cinq plus grandes démocraties suivantes réunies.

Les premiers à voter lundi seront les habitants des Etats de l'Assam et du Tripura, enclavés dans le nord-est du pays. Les résultats seront proclamés le 16 mai.

La campagne électorale s'est concentrée sur les performances économiques de l'Inde, marquée par un net ralentissement de la croissance depuis 2012 et la chute de sa monnaie, affectée par la fuite de capitaux étrangers.

Habitué à une hausse de son PIB comprise entre 8% et près de 10% pendant une décennie, le pays a vu sa croissance tomber à 6,2% en 2011-12 et 5% en 2012-13.

Modi a fixé comme priorité l'industrialisation et l'amélioration des infrastructures dans un pays où des millions de jeunes peinent chaque année à trouver un emploi.

Il a aussi promis de s'attaquer à la corruption après une série de scandales ayant entaché le deuxième mandat du gouvernement conduit par le Premier ministre Manmohan Singh.

Les électeurs "pensent dans l'ensemble que les choses vont s'améliorer avec Modi", déclare Sanjay Kumar, directeur du Centre for the Study of Developing Societies.

- Test difficile pour Rahul Gandhi -

Avec Modi au pouvoir, l'Inde pourrait se montrer plus intransigeante dans son discours avec les autres puissances étrangères, selon les analystes, qui estiment cependant que la troisième économie asiatique, soucieuse de relancer sa croissance, voudra stabiliser ses relations avec les Etats-Unis.

Après les émeutes de 2002, Narendra Modi était devenu persona non grata en Europe et aux Etats-Unis. Mais devenu favori des législatives, les pays occidentaux ont repris contact avec le leader nationaliste. L'ambassadrice américaine lui a ainsi rendu visite sur ses terres du Gujarat en février.

Face à Modi, le Congrès a lancé dans l'arène Rahul Gandhi, 43 ans et héritier de la dynastie Nehru-Gandhi, qui mène sa première bataille électorale au niveau national dans des conditions difficiles.

Rahul, homme au caractère réservé, n'a jamais été ministre et a longtemps fui la scène politique. Il a beaucoup à prouver pour ce premier test d'envergure, certains lui prédisant le pire résultat jamais enregistré par le Congrès.

"L'UPA (la coalition au pouvoir conduite par le Congrès, ndr) a remarquablement réussi et ne s'est pas fourvoyée dans des promesses inconsidérées", a-t-il assuré mardi lors d'un meeting.

Dernier élement d'incertitude du scrutin, le score qu'occupera le nouveau parti anticorruption Aam Aadmi (parti de l'homme commun) qui dit vouloir emporter une centaine de sièges.

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