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Inde-Pakistan en Coupe du monde au Maracana !

04/04/2014 05:40 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

C'était bien à Rio de Janeiro, au pays du "futebol", mais sur un petit terrain et entre enfants des rues venus d'Inde et du Pakistan, pays rivaux plus portés sur le cricket: un match aux atours insolites, avec la misère en toile de fond.

Cette Coupe du monde des enfants des rues, avec 19 pays représentés (équipes de garçons et filles), connaissait sa deuxième édition cette semaine, dans un complexe hôtelier dans l'ouest de la "Ville merveilleuse" comprenant trois terrains de foot surnommés Maracana, River Plate (club de Buenos Aires) et Soccer City, le stade de Johannesbourg où a eu lieu la finale du Mondial-2010.

Les bâtiments portent le nom de gloires brésiliennes - Pelé, Ronaldo, Romario, Zico, Garrincha, et Marta pour le dortoir des filles, et entre les matchs des échanges s'improvisent dans une langue commune, ou via celle du foot: ici un Kényan et un Américain en grande discussion, là des Philippins et des volontaires britanniques de l'ONG Street Child United en plein exercice de jongles...

Les Indiens étaient tenants du titre depuis Durban en 2010 en Afrique du Sud. Mais leurs successeurs ont eu plus de mal, rossés 8-1 par les Etats-Unis le premier jour puis 13-0 par le Pakistan le lendemain...

- Nains footballistiques -

"Notre équipe vient de la rue, nos joueurs s'entraînent depuis six mois seulement, alors que les Pakistanais, on aurait dit des pros", confie à l'AFP, un brin amer, Paul Sunder Singh, un des responsables de l'association Karunalaya, qui s'occupe des gamins laissés-pour-compte à Madras (sud-est de l'Inde).

Ce n'est pas toujours évident de faire voyager une douzaine d'adolescents qui n'avaient parfois même pas de papiers d'identité avant de sortir pour la première fois de leur quartier, direction Rio.

La fameuse rivalité entre Inde et Pakistan ? "Elle n'existe pas entre enfants des rues", souligne-t-il. Adolescents et adultes la balaient tous pour parler d'"amitié" entre ces puissances nucléaires toujours en froid sur le dossier du Cachemire.

Ces deux géants démographiques (190 millions d'habitants au Pakistan, 1,2 milliard en Inde) sont des nains footballistiques, sans aucune participation à la moindre Coupe du monde Fifa. Le ballon rond y est écrasé par le cricket, que l'entraîneur des jeunes Pakistanais et ancien joueur professionnel, Abdul Rashid, accuse son gouvernement de trop privilégier par rapport au foot.

- Message d'espoir de Bebeto -

13-0, mais l'essentiel est déjà de participer, selon Paul Sunder Singh: "Avant, ils vivaient dans la rue, ils se battaient pour leur survie. Ce seront de bons ambassadeurs auprès des autres enfants des rues. Après le Brésil, ils réintégreront nos refuges et nous continuerons à les aider à retrouver leurs familles".

N'empêche: ses joueurs, dont certains ont pleuré d'émotion à l'hymne national diffusé avant le coup d'envoi, font grise mine après ce score fleuve, contrairement à leurs homologues pakistanais. Même si le chef de leur délégation, Syad Itfan Maqbool, les réprimande sévèrement: "Il fallait marquer quinze buts ! Sur le terrain, je n'ai vu qu'un joueur !"

Ce joueur, c'est Raziq Mushtaq (15 ans), auteur d'un octuplé et techniquement au-dessus du lot. "Jamais je n'aurais rêvé venir au Brésil", souligne-t-il, les yeux brillants, lui qui pense à devenir professionnel "depuis tout petit".

"Le foot est plus qu'un sport pour nous, souligne-t-il. Dans notre pays on va être fiers de nous, surtout d'avoir battu l'Inde. Mais ce n'est qu'un match, pas la guerre. Nous sommes logés dans le même dortoir et sommes des amis".

Il est aussi le seul joueur parmi toutes les équipes à oser le bisou sur la joue de Bebeto, champion du monde 1994 avec le Brésil, venu leur délivrer un message d'espoir: "Le foot a changé ma vie, il peut aussi changer la vôtre. Vous devez poursuivre votre rêve ; il y aura des moments de tristesse, mais vous ne devez jamais baisser les bras".

ybl/ol/jcp

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