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Hongrie: le populiste Viktor Orban en route pour un second mandat

04/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

Le parti conservateur de Viktor Orban, un temps bête noire de l'Union européenne qui lui a reproché d'affaiblir la démocratie en Hongrie, a toutes les chances de remporter haut la main les élections législatives dimanche.

Le tout dernier sondage de l'institut de référence Median, publié jeudi, conforte la tendance des précédentes études : le parti Fidesz est crédité de 47% des intentions de vote, devant l'alliance de la gauche (23%), elle même talonnée par le parti d'extrême-droite Jobbik (21%), dont l'image plus policée semble porter ses fruits.

L'institut Szazadvég, proche du gouvernement, arrive à des résultats similaires: 51% pour Fidesz, 25% pour la gauche et 18% pour le Jobbik. Quelque 8,2 millions d'électeurs hongrois sont appelées à se rendre aux urnes pour élire leurs 199 députés.

Cet ancien État du bloc communiste, entré dans l'UE en 2004, s'est profondément transformé depuis 2010.

Grâce à une majorité des deux-tiers au parlement - qu'il pourrait obtenir de nouveau à l'issue de ce scrutin-, le Fidesz a promulgué plus de 850 lois et s'est emparé de toutes les institutions du pouvoir et des contre-pouvoirs du pays, comme les médias, la justice, mais aussi l'économie et la culture.

Une prise de contrôle tentaculaire que ni les manifestations populaires de 2012, ni les sévères rappels à l'ordre de Bruxelles n'ont réussi à brider. La société est polarisée et l'espace pour les débats réduit à la portion congrue.

Avec 40%, la proportion d'indécis est élevée, et l'expérience montre que leurs voix se répartissent le jour du vote plutôt en faveur de l'opposition au Fidesz, estime toutefois Median. En 2010, le parti était donné gagnant avec plus de 60% des voix et avait récolté "seulement" 52,7%.

-Elections "libres et justes"-

L'alliance de la gauche, formée très tard en raison de divergences internes, mal organisée et inaudible, n'a néanmoins aucune chance de victoire, jugent unanimement les experts. Median n'exclut pas totalement qu'elle se fasse dépasser par le Jobbik.

Le candidat au poste de chef de gouvernement, Attila Mesterhazy, président peu charismatique du parti socialiste (MSZP, ex-communistes) et Ferenc Gyurcsany, ancien Premier ministre (2006-2009) très impopulaire, offrent une pâle concurrence face à Viktor Orban, dont le parti n'a d'ailleurs pas jugé bon de présenter un programme électoral.

Tous les discours de campagne du Premier ministre ont tourné autour des baisses populaires de quelque 20% des prix de l'énergie domestique, de la reprise de l'économie dont il s'attribue le mérite, et de son combat contre l'avidité présumée des multinationales.

"Aujourd'hui, nous avons la force de protéger nos intérêts nationaux !", a-t-il encore lancé jeudi en inaugurant un ancien bâtiment en cours de rénovation dans le centre de Budapest. Le Fidesz a empêché qu'un "nuage noir", à savoir des investisseurs étrangers, s'en empare pour en faire un centre commercial, a-t-il affirmé.

Avec sa nouvelle loi électorale, le Fidesz met en outre tous les atouts de son côté en limitant "la possibilité de changement du pouvoir", estime Peter Tölgyessy, ancien du Fidesz dans une contribution au journal juridique Ars Boni.

Le parti a redécoupé en sa faveur les circonscriptions, dont le poids est plus important pour ces élections car 106 des 199 députés seront élus localement, selon des règles similaires au système majoritaire.

Il a facilité aussi la formation de partis - dix-huit se présentent à l'élection contre six en 2010 - ce qui démontre "la force de la démocratie" en Hongrie où les élections seront "libres et justes", a estimé récemment le porte-parole du gouvernement Janos Lazar.

L'étude de Median montre qu'avec 7% des intentions de vote, ces nouvelles petites formations "sont capables de prendre un nombre significatif d'électeurs" à l'opposition. Selon Gordon Bajnai, ex-Premier ministre technocrate (2009-2010) et figure de l'alliance de la gauche, au moins douze de ces partis sont apparus subitement, ne font pas campagne et portent de surcroît des noms trompeurs, comme "Ensemble 2014", qui est le nom de son ancienne association.

bur-ilp/cs/abl

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