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Accords salariaux: Berlin veut mettre les syndicats au diapason

04/04/2014 07:08 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

Devant des grèves sectorielles pouvant paralyser des entreprises entières, comme c'est le cas de la compagnie aérienne Lufthansa depuis mercredi, le gouvernement allemand veut légiférer cette année, tout en se défendant bien de toucher au droit de grève.

"Une entreprise, un accord salarial", tel est le principe que la ministre allemande du Travail Andrea Nahles voudrait ancrer dans les textes.

La grève des pilotes de Lufthansa, qui a laissé sur le carreau plus de 400.000 passagers, a remis sur le tapis ce projet qui figure dans le contrat de coalition gouvernemental. Les sociaux-démocrates et conservateurs du gouvernement d'Angela Merkel se sont engagés à "légiférer sur l'unité" des accords salariaux, "d'après un principe de majorité", afin d'éviter que dans un même groupe trop d'accords salariaux coexistent.

"Je voudrais que les salariés les plus puissants d'une entreprise prêtent leurs forces aux plus faibles et ne recherchent pas seulement les meilleures solutions pour eux-mêmes", a déclaré Mme Nahles, insistant sur une nécessité "de solidarité".

La pique est à peine voilée à l'encontre du syndicat de pilotes Cockpit, qui a orchestré la grève chez Lufthansa. L'arrêt de travail observé par ses pilotes -au nombre de 5.400- a paralysé un groupe de 110.000 personnes, pour des revendications de salaires et de départ en pré-retraite spécifiques.

En analysant 123 conflits salariaux, Hagen Lesch, de l'institut économique pro-patronat IW, a relevé récemment que les syndicats représentant des intérêts particuliers étaient plus prompts à aller au conflit que les autres.

Lufthansa en sait quelque chose. L'été dernier, sa filiale Germanwings avait été menacée de grève par le syndicat UFO, représentant le personnel de cabine, qui avait déjà mené une grève en 2012. Dans un pays plutôt habitué aux syndicats de branche géants, comme Verdi (services) ou IG Metall (industrie), d'autres petits poucets se sont fait remarquer, comme le syndicat des conducteurs de train GDL, qui avait paralysé le trafic ferroviaire en 2007.

-Exercice délicat-

Mais que les choses soient claires: "une modification du droit de grève n'est absolument pas en débat", a affirmé Andrea Nahles.

"Le projet (de la ministre) ne porte pas sur un changement du droit de grève mais sur l'organisation d'une unité salariale solidaire, avec un seul accord salarial valable dans une entreprise", a confirmé à l'AFP la députée sociale-démocrate Katja Mast.

Toutefois, "pour l'heure, c'est encore en concertation au niveau ministériel et il n'y a rien de concret", ajoute-t-elle.

Les ministères du Travail, de l'Intérieur et de la Justice planchent sur le sujet, Mme Nahles espérant présenter un projet de loi "cette année".

L'exercice s'annonce très délicat car si les petits syndicats sont empêchés de lancer une revendication tant que le principal accord salarial court, difficile de ne pas y voir une atteinte à leur droit de grève.

D'où la difficulté des syndicats dominants à prendre position, même s'ils pourraient y gagner. En 2010, la fédération des syndicats DGB et celle du patronat BDA s'étaient prononcées en faveur d'une réglementation. Depuis le DGB a rétropédalé.

"Sur le principe, cela n'est pas bon sur la durée que des syndicats spécifiques représentent des intérêts particuliers sans égard pour le bien commun. Nous sommes pour une politique salariale solidaire (...) mais avec la condition préalable d'un respect du droit de grève", explique à l'AFP Reiner Hoffmann, un des responsables du DGB.

Le chef de Verdi, Frank Bsirske, est lui "critique" sur le projet du gouvernement et a émis de gros doutes sur sa réalisation.

Le patronat devrait être bien moins difficile à convaincre. "Plus un groupe professionnel en grève est petit, plus il doit y avoir d'obstacles à un conflit social", a déclaré au quotidien Handelsblatt le patron de Lufthansa Christoph Franz. La grève de ses pilotes devrait lui coûter quelque 50 millions d'euros et les négociations n'ont pas encore repris.

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DEUTSCHE LUFTHANSA AG

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