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Sourde bataille autour du Commerce extérieur au sein du nouveau gouvernement français

03/04/2014 08:32 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

Le nouveau gouvernement français, resserré dans la foulée de la déroute des municipales pour plus de cohésion, était jeudi le théâtre d'une sourde bataille entre les ministres des Affaires étrangères et de l'Economie qui réclamaient tous deux le Commerce extérieur.

L'annonce officielle semblait pourtant claire mercredi : "Laurent Fabius est nommé ministre des Affaires étrangères et du Développement international", avait lu, sur le perron de l'Elysée, le secrétaire général de la présidence, Pierre-René Lemas.

Le chef de la diplomatie française, reconduit dans ses fonctions dans le gouvernement de Manuel Valls, voyait ainsi élargir son portefeuille au Commerce extérieur, une première en France dans un contexte de crise économique toujours très vif.

Cet ajout récompensait "la diplomatie économique" chère à M. Fabius, présentée dès son arrivée au Quai d'Orsay en 2012 comme un des piliers de sa stratégie et qu'il n'a eu de cesse de vanter depuis, notamment en Asie et en Amérique latine.

"Le Commerce extérieur est dans le champ des attributions de Laurent Fabius", confirmait à l'AFP un responsable du ministère des Affaires étrangères, sous couvert d'anonymat.

Problème : l'entourage du nouveau ministre de l'Economie faisait savoir rapidement que ce domaine relevait du portefeuille d'Arnaud Montebourg.

Un responsable de Bercy (ministère de l'Economie) indiquait très naturellement, un peu plus tard, à l'AFP que la passation des pouvoirs de la ministre sortante du Commerce extérieur Nicole Bricq à Arnaud Montebourg était prévue jeudi à 10H00 (08H00 GMT) au ministère de l'Economie et des Finances.

Mais jeudi matin, coup de théâtre : un fonctionnaire de Bercy annonçait que la passation de pouvoirs entre Nicole Bricq et Arnaud Montebourg était reportée, en attendant un arbitrage du Premier ministre.

"Fabius a le dessus et gagne du terrain : il a déjà réussi à se faire nommer ministre des Affaires étrangères et du Développement international", s'amusait auprès de l'AFP, sous couvert d'anonymat, un autre haut fonctionnaire du ministère de l'Economie.

La députée et ancienne ministre socialiste Elisabeth Guigou, exprimant son soutien à la position du chef de la diplomatie : "On peut faire confiance à Manuel Valls pour ne pas tolérer les couacs", déclarait-elle. "Il y a une vraie cohérence à plaider ce que Laurent Fabius appelle la diplomatie économique".

Peu après, nouveau coup de tonnerre au ministère de l'Economie et des Finances.

En pleine passation des pouvoirs, le ministre sortant, Pierre Moscovici, affirmait qu'"il n'y a pas de diplomatie économique sans Bercy".

Le syndicat majoritaire des agents du Commerce extérieur se déclarait également opposé au transfert de ce portefeuille au Quai d'Orsay.

- 'Couac' -

"Ce sont des métiers différents", soulignait son secrétaire général, Bernard Boidin. "Nous sommes des agents économiques, des gens de terrain au service des entreprises", faisait-il valoir, déplorant "une guerre de pouvoirs parisiens" qui "fait désordre". "Il est aberrant de voir à quel point ce réseau est convoité et nous ne comprenons pas très bien pourquoi".

Un haut fonctionnaire de Bercy reconnaissait néanmoins que le Trésor, dont dépendait jusqu'à maintenant le Commerce extérieur, "se dégage de tout son secteur international pour se concentrer sur les affaires européennes et le G20". "Il y a une certaine logique à ce que le Commerce extérieur revienne au Quai d'Orsay", estimait-il.

D'autres ministres se montraient visiblement embarrassés par ce qui apparaissait de plus en plus comme le premier "couac" d'un gouvernement qui devait ne plus en avoir.

"Ces questions seront réglées par les deux ministres concernés", affirmait Michel Sapin, nouveau ministre des Finances.

Le nouveau porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, se refusait à tout commentaire. "La seule chose que je sache c'est que le commerce extérieur est un enjeu", notait-il énigmatique.

Un responsable du ministère des Affaires étrangères précisait, sibyllin, que "les décrets d'attribution des compétences des ministres sont en cours de rédaction et c'est très délicat car des pans de Bercy vont passer sous le contrôle du Quai d'Orsay".

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