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Kiev accuse Moscou pour les tueries du Maïdan, les Européens se retrouvent à Athènes

03/04/2014 09:55 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

Kiev a accusé jeudi les services secrets russes d'être impliqués dans les tueries de février pendant les manifestations ayant débouché sur la chute du régime pro-russe, tandis que les Européens se retrouvent vendredi à Athènes pour évoquer la crise ukrainienne.

De son côté, la chef de la diplomatie moldave Natalia Gherman doit rencontrer son homologue russe Sergueï Lavrov en marge d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) à Moscou.

La Moldavie, qui s'apprête à signer un accord d'association avec l'UE, craint pour son territoire sécessionniste pro-russe de Transdniestrie une répétition du scénario qui a vu la Russie s'emparer de la Crimée.

Les accusations explosives proférées jeudi par les autorités ukrainiennes ont été repoussées par Moscou, qui a répliqué dans la foulée par une nouvelle forte hausse du prix du gaz livré à Kiev, très dépendant de cet approvisionnement et dont l'économie est en pleine crise.

La Russie s'en est également prise à l'Otan, après que l'Alliance atlantique eut exprimé sa vive inquiétude sur les concentrations de troupes russes à la frontière, agitant le spectre d'une possible invasion.

Moscou a déjà absorbé la péninsule ukrainienne de Crimée le mois dernier, après un référendum non reconnu par Kiev et les Occidentaux, qui considèrent l'opération comme une annexion.

"Des agents du FSB (services secrets russes, ndlr) ont participé à la planification et à la mise en oeuvre de la soi-disant opération antiterroriste" lors des manifestations du Maïdan, la place de l'Indépendance au centre de la capitale, a affirmé le nouveau chef des services de sécurité ukrainiens, Valentin Nalivaïtchenko, présentant les résultats préliminaires de l'enquête sur les tirs mortels effectués par des snipers. Le bilan de ces journées sanglantes, du 18 au 20 février, s'est élevé à près de 90 morts.

- "Ordre criminel" -

C'est le président pro-russe déchu Viktor "Ianoukovitch (qui) a donné l'ordre criminel", a poursuivi le responsable, au côté du ministre de l'Intérieur du pouvoir intérimaire, Arsen Avakov. Les deux hommes ont toutefois indiqué ne pas pouvoir identifier avec certitude les tireurs embusqués qui opéraient au fusil à lunette.

Le FSB a aussitôt démenti ces accusations et M. Lavrov a affirmé que ces accusations "sont contredites par de nombreuses preuves".

Moscou et le camp pro-russe accusent des mouvements nationalistes ukrainiens d'être responsables des tueries, notamment le groupe d'extrême droite Pravy Sektor (Secteur Droit).

Le FSB a en outre annoncé jeudi avoir arrêté 25 Ukrainiens soupçonnés d'avoir voulu commettre des attentats dans plusieurs régions de Russie. "Les 25 personnes arrêtées, parmi lesquelles figurent trois personnes de Pravy Sektor, ont reconnu avoir reçu des instructions des services de sécurité ukrainiens", a indiqué un média russe.

A Kiev, le parquet général a annoncé l'arrestation de douze membres des anciennes forces spéciales antiémeute, les "Berkout", soupçonnés d'être impliqués dans les tueries du Maïdan.

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a de son côté déclaré que M. Ianoukovitch, déjà recherché par Kiev pour "meurtres de masse", "sera poursuivi". Le président déchu est réfugié en Russie.

La Russie a répliqué en annonçant la deuxième très forte augmentation en trois jours - 81% de hausse au total -, portant les 1.000 mètres cubes à 485 dollars, un des prix les plus élevés appliqués aux pays européens.

Moscou demande également que Kiev rembourse au plus vite sa dette énergétique (2,2 milliards de dollars), alors que son économie est chancelante, dépendante d'un accord conclu la semaine dernière avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le ministre ukrainien de l'Energie Iouri Prodan a jugé ce prix "inacceptable pour l'Ukraine, car c'est un prix politique", faisant craindre une nouvelle "guerre du gaz" dont les conséquences pourraient toucher toute l'Europe.

Pour tenter d'aider Kiev, le Parlement européen a approuvé jeudi la quasi suppression des droits de douane pour l'exportation de produits ukrainiens vers l'UE.

- 'Risques' pour le trafic aérien -

Ces derniers développements ne devraient pas apaiser les tensions entre la Russie et les Occidentaux.

La Russie a exprimé jeudi son mécontentement à l'ambassadeur d'Allemagne à Moscou, après la comparaison "provocatrice" du ministre allemand des Finances du rattachement de la Crimée à l'annexion des Sudètes par Hitler. Wolfgang Schäuble a démenti ces propos: "Je ne suis quand même pas assez bête pour comparer Hitler à qui que ce soit, d'autres peuvent faire cela mais les politiques allemands ne le font pas".

Et l'Agence européenne de la sécurité aérienne a recommandé aux compagnies d'aviation d'éviter l'espace aérien de Crimée, évoquant de "graves risques pour la sécurité".

M. Lavrov a quant à lui répliqué au secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui se disait mercredi "incroyablement" inquiet des concentrations de troupes russe à la frontière ukrainienne, en demandant que l'Alliance atlantique s'explique sur le renforcement de sa présence en Europe de l'Est.

M. Rasmussen a rétorqué en dénonçant "propagande et désinformation". L'Otan n'a "naturellement (...) pas violé" ses obligations, alors que Moscou "viole actuellement tous les principes et ses engagements internationaux, en premier lieu celui de ne pas envahir d'autres pays".

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