QUÉBEC - S'il devient premier ministre, François Legault suspendra tous les grands projets d'infrastructures financés par l'État, le temps d'élaguer et de ne choisir que les prioritaires selon ses critères.

Une épée de Damoclès planerait sur les chantiers: des projets comme le prolongement du métro de Montréal, annoncé par le gouvernement du Parti québécois, pourraient ainsi passer à la trappe. Le chef caquiste veut ainsi réduire l'endettement du Québec et mettre fin aux «feux d'artifices» des deux autres partis.

Dans un point de presse à Québec, jeudi après-midi, il a dit que les instructions aux fonctionnaires, au jour 1 d'un gouvernement caquiste, seraient claires.

«On va demander de revoir tous les projets en cours», a-t-il déclaré.

Le Plan québécois des infrastructures (PQI) mis en place par le gouvernement péquiste sortant comprend actuellement des projets majeurs, tels que les centres hospitaliers universitaires à Montréal et le prolongement de plusieurs autoroutes, dont la 20, la 35 à Saint-Jean-sur-Richelieu et la 73 en Beauce.

Mais un gouvernement caquiste réévaluerait les projets en fonction, notamment, de critères tels que des services de base à la population et de l'attraction qu'ils peuvent exercer sur l'investissement privé, a indiqué M. Legault.

«Je veux regarder la liste complète et respecter la capacité de payer des Québécois», a-t-il dit en ajoutant que sa formation est le seul parti «sérieux» sur cet enjeu. Ses deux adversaires ont fait quotidiennement des annonces «avec de l'argent qu'on n'a pas», a-t-il laissé entendre.

«Je veux revoir tous les projets, parce que ce n'est pas vrai qu'on peut faire n'importe quoi avec les immobilisations et qu'il n'y a pas de limites (...). Ça nous a menés à la dette la plus élevée de toutes les provinces. Il faut revoir les immobilisations et les prioriser.»

Malgré cette épée de Damoclès qui plane sur de nombreux chantiers, il se défend de vouloir ainsi exercer son arbitraire sur la vie ou la mort des projets, en fonction d'intérêts partisans.

«Ce sera pas pour gagner des votes, il n'y aura pas de folies. (...) On devrait utiliser des critères rigoureux, pour offrir des services de qualité à tous les Québécois», a dit M. Legault.

Plus tôt en journée, il avait d'ailleurs attaqué le plan d'investissement en infrastructures des libéraux en lançant un avertissement aux contribuables: l'élection d'un gouvernement libéral serait un grave danger pour les finances publiques, car le Québec risque une décote qui coûterait des milliards de dollars de plus en intérêts si Philippe Couillard est élu premier ministre lundi.

Le plan de hausse des dépenses en immobilisations du PLQ ferait sombrer la cote de crédit du Québec, déjà lourdement endetté, qui devrait donc payer plus cher ses emprunts sur les marchés, a soutenu le leader de la Coalition avenir Québec au cours d'une conférence de presse dans la Vieille-Capitale.

Devant un tableau électronique effrayant qui montrait en temps réel la progression de la dette, M. Legault a rappelé que le Québec a déjà une dette de 265 milliards $, en incluant les sociétés d'État. Elle croît de 17 000 $ par minute, de 20 millions $ par jour, a-t-il illustré.

Or Philippe Couillard propose simplement de s'enfoncer davantage, aux yeux du chef caquiste. Alors que le gouvernement péquiste sortant veut dépenser 9,5 milliards $ par année sur quatre ans en immobilisations dans son PQI, les libéraux surenchérissent en voulant dépenser 11 milliards $ par an, soit 1,5 milliard $ de plus, a dénoncé M. Legault. Le PLQ ajouterait donc 6 milliards $ de plus à la dette en quatre ans.

«Si Philippe Couillard applique son plan tel quel, il y a un risque très fort de décote» par les agences de notation qui mesurent la cote de crédit du Québec, a déclaré M. Legault.

Un, deux ou trois points d'intérêts de plus sur la dette en raison d'une décote coûterait cher au Québec, qui devrait payer plus d'intérêts sur ses obligations.

«Si on est encore plus décoté, cela veut dire que les taux d'intérêts vont augmenter, parce que ceux qui nous prêtent de l'argent voient un plus grand risque avec les obligations du Québec (...). Déjà qu'on paie 10 milliards $ en intérêts par année (sur un budget de 90 milliards $); si demain matin, cela monte à 11, 12, 13 milliards $ d'intérêts, ce sont des milliards de moins à investir en services.»

Le plan de Philippe Couillard démontre son «manque de jugement» et est par conséquent «complètement irresponsable», a estimé le chef de la CAQ, parce qu'«inéquitable» pour les générations à venir, qui devront payer l'addition.

«Ce n'est pas parce qu'on voit le mur (de la dette) qui s'en vient qu'il faut peser sur l'accélérateur pour rentrer dedans plus vite», a illustré M. Legault. Il a soutenu que M. Couillard n'est «pas prêt à gouverner», parce que ses solutions de relance de l'économie fondées sur les immobilisations accentuent l'endettement et parce qu'il plagie les solutions de la CAQ, sur l'indexation des tarifs d'électricité entre autres.

«Je suis inquiet de voir cet homme-là être à la tête du Québec devant les défis énormes qu'on a, je suis très inquiet», a-t-il dit.

Le chef caquiste veut réduire le pourcentage de la dette par rapport au PIB du Québec. M. Legault s’engage à réduire la dette à moins de 50 pour cent du PIB, d’ici la fin d’un premier mandat de quatre ans. Actuellement, ce ratio est de 54 pour cent. Selon lui, cette situation est le résultat de neuf ans de gouvernement libéral, qui à lui seul a augmenté la dette de 60 milliards $. Il croit cependant que le gouvernement péquiste n’a pas fait mieux, augmentant la dette de 8 milliards $ en 18 mois.

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