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«Les Liaisons Dangereuses» chez Duceppe : Éric Bruneau, le sulfureux manipulateur

03/04/2014 06:14 EDT | Actualisé 03/04/2014 08:59 EDT

Éric Bruneau est l’acteur de l’heure au Québec. En plus d’apparaître au petit écran dans la série Mensonges et d’arriver sous peu au cinéma dans Le Règne de la beauté, il tourne la prochaine saison de Toute la vérité et vient de compléter le tournage du film Gurov et Anna. Ces multiples projets devant la caméra ne l’empêchent pourtant pas de s’attaquer à l’un de ses plus grands rôles en carrière au théâtre : le vicomte de Valmont dans Les Liaisons Dangereuses.

À l’instar de Julie Le Breton, qui joue avec lui dans la populaire série de TVA, Éric Bruneau fréquente ces jours-ci le plateau de Toute la vérité de 5 h à 17 h et la scène du théâtre Duceppe de 18 h à 23 h 30. «On est conscient de la chance qu’on a d’avoir ces rôles, alors on s’arrange pour être prêts et en forme, lance le comédien. J’ai commencé l’apprentissage du texte de Valmont en janvier, avec un répétiteur. C’est un investissement encore plus grand que mes rôles dans le passé. Mon personnage est celui qui fait avancer l’action, alors il est présent dans les 17 tableaux de la pièce. C’est considérable!»

Même si l’acteur, qui aura 31 ans le 21 avril prochain, rêvait d’un grand rôle comme celui-là depuis son entrée à l’école de théâtre, il a douté un instant lorsque le metteur en scène, Serge Denoncourt, lui a proposé de jouer Valmont.

«Je me croyais trop "inexpérimenté" et trop jeune pour le rôle, parce que je gardais l’image de John Malkovich, qui joue Valmont dans le film de Stephen Frears. Mais comme j’ai une confiance aveugle en Serge, qui m’a dirigé l’année dernière dans Christine, la reine-garçon, je me sentais bien entouré pour attaquer le rôle.»

Dans Les Liaisons Dangereuses, le Vicomte se fait proposer par son amante, la Marquise de Merteuil, de salir Cécile Volanges, une jeune femme de qui il s’amourache, alors qu’il a déjà en tête d’entacher l’aura de la présidente de Tourvel. «Merteuil et Valmont sont comme un couple ouvert. Valmont a besoin de fourrer à gauche et à droite, mais Merteuil est l’amour de sa vie. Elle le laisse aller, tant qu’il lui revient, parce qu’elle est convaincue qu’il n’aimera jamais quelqu’un d’autre autant qu’elle. Mais un jour, il réalise qu’il est en train de tomber en amour avec une autre et Merteuil veut changer les règles.»

«Elle lui propose de salir Cécile, mais il a déjà un autre projet du genre en tête. Ce sont des gens qui s’ennuient et qui décident de se jouer de certaines personnes. Ils tripent sur la peur de se faire prendre. C’est du gros potinage sale et éminemment moderne. C’est comme un Twitter de luxe.»

Selon Éric Bruneau, le contexte de l’après-guerre contribue parfaitement à la tension sexuelle qui règne dans la pièce. «L’histoire se passe en 1947, alors que Christian Dior a redonné un look aux femmes en les corsetant, ce qui apporte une certaine rigidité et une retenue sociale face au cul et à l’érotisme. Pour se rendre à la femme, il y en avait des étapes : des jupons, des corsets, des jarretières, des bobettes. Ça crée une tension hyper intéressante, qui nous permet de représenter la sexualité dans la suggestion et dans l’action. Je pense que lorsque cette histoire-là est racontée d’un point de vue moderne, où tout est ouvert, c’est moins intéressant.»

Dès le début des répétitions, la production a choisi de ne pas représenter la manipulation simpliste, mais plutôt la vérité pure. «On ne joue jamais les méchants manipulateurs avec un sourcil par en haut, comme on a pu voir dans le film. On prend une direction plus ludique. Chaque fois que Valmont est avec une nouvelle personne, il est sincère. Je ne le joue pas comme un Hamlet, qui est pris avec de grandes questions existentielles. Valmont comble son ennui par les excès de plaisir.»

Parlant de plaisir, Éric Bruneau n’a pas eu de difficulté à dessiner un sourire sur son visage en découvrant le faste des décors : un plateau tournant où sont représentés le hall d’un grand hôtel et les appartements de style clinquant délabré des personnages principaux.

L’essayage des costumes de François Barbeau a eu le même effet sur lui, sinon plus. «Tu regardes les costumes et tu te mets à pleurer. Tous les morceaux sont faits sur mesure et coupés de façon extraordinaire. Ça donne quelque chose dans le corps et tu vois ton personnage arriver d’un seul coup. Ça mérite d’être célébré.»

La pièce Les Liaisons Dangereuses sera présentée chez Duceppe du 9 avril au 17 mai 2014. Cliquez ici pour plus de détails.

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